06 décembre 1961, le jour où Frantz Fanon est décédé  

Alors qu’une pensée rebelle et profondément humaniste commence à émerger en Europe et plaider pour une souveraineté humaine, les libertés et les droits de l’Homme, les colonisés étaient relégués au énième plan. Pour contrecarrer cette mise à l’écart de l’humanité colonisée, en objecteur de conscience, Frantz Fanon a élevé sa voix pour dire son soutien à l’homme où qu’il soit, mais aussi pour lever le voile sur les humanités marginales qui évoluaient dans le noir de la nuit colonial. « Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte », écrit-il.

Naître antillais et mourir algérien, à un âge où l’on commence à voir clair dans la complexité qui fait le monde, est le sort de ce grand penseurs et psychiatres, Frantz Fanon.

Parmi les fondateurs des courants de pensée tiers-mondistes, Frantz Fanon a vécu dans sa chair tous les concepts qu’il a théorisés : discrimination, violence, colonisation, situation coloniale, colonisé, mais surtout pas colonisateur. Se disposant du savoir philosophique et psychiatrique, connaisseur des tréfonds de la nature humaine, Fanon a compris que pour sortir de « la situation coloniale », rien ne peut suffire à part la violence, arme déjà  indiscutablement utilisée par le colonisateur. « Leur première confrontation –plus précisément l’exploitation du colonisé par le colon- s’est poursuivie à grand renfort de baïonnettes et de canons [1] », écrit-il dans Les Damnés de la Terre pour expliquer la confrontation colonisé/colonisateur.

Si Frantz Fanon est pour une légitimation de la violence contre toutes formes de répression, c’est bien parce que la réalité coloniale le démontre à travers le recours à la violence de la part du colonisateur ; réalité que celui-ci travestit et remplace par des clichés de cohabitation et d’un vivre-ensemble « pacifique ». Un paradoxe que le colonisé avec son mince savoir a constaté et a voulu remettre en cause pour enfin « s’armer de conscience et de mitrailleuses » et essayer de se succéder au colon. N’est-il pas étrange, sur son propre sol, qu’un colonisé se substitue au colonisateur ? Ce qui démontre la gravité et le danger qui menacent l’existence physique et morale du colonisé si la situation coloniale persiste.

Pour Fanon, c’est à travers le paramètre de la contradiction flagrante qui existe dans une colonie caractérisée par la compartimentation architecturale, le racisme, l’exploitation du colonisé par le colonisateur, le dispositif armé, la mystification da la visée d’une Europe colonisatrice que le recours à la violence constitue la seule issue pour réaliser le processus de la décolonisation.  La réflexion de Fanon ne s’arrête pas là, car d’autres concepts et situations interviendront après la décolonisation et qui devront accompagner la pensée, qui n’est pas entièrement décolonisée. Alors que la violence est considérée comme une nécessité structurelle pour Fanon, elle relève aussi d’une nécessité psychique, car, selon lui, c’est dans la psyché que le colonisé est fondamentalement atteint.

Son soutien des Juifs et refus total de l’antisémitisme sont considérables dans la mesure où ils s’érigent en un cri révolutionnaire pour dire tout le mal qu’ils subissent depuis des siècles. « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous », dit-il pour impliquer toute l’humanité dans la cause et éliminer le sentiment de la différence envers le juif.

L’Algérie a été pour le grand psychiatre la meilleure illustration de tous ses essais, car d’un côté, il y a combattu le colonialisme français dans le Front de libération nationale, d’un autre côtés, il a travaillé dans l’hôpital psychiatrique de Blida (qui porte aujourd’hui son nom), ce qui lui a permis de voir de plus près les dégâts causés par le colonisateur et la ferme détermination d’y mettre fin.

Sa mort suite à une leucémie a endeuillé la Guerre de Libération algérienne qui touchait à sa fin, lui étant reconnaissante pour son engagement aux côtés des Algériens afin d’accéder à l’indépendance.

 

 

Bibliographie :

[1] FANON, Frantz, Les damnés de la terre (œuvres), Blida, 2014, Hibr, P 452.

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