11 novembre 1821, le jour où Fédor Dostoïevski est né

Que dire de l’unique précepteur de toute la littérature mondiale, de l’écrivain qui demeure la preuve palpable des inspirations de toutes les sciences sociales ? Il peint dans ses romans et nouvelles les aspects réels, immuables qui font de l’humain ce qu’il est véritablement. Sa complexité, ses abysses, ses paradoxes et ses idioties. Le lire relève des plus nobles des actes, le comprendre, c’est se comprendre soi-même face à l’absurde qui fait l’origine des Hommes et des choses. « N’y tenant plus, je commence à écrire cette histoire de mes premiers pas dans la carrière de la vie. Et pourtant j’aurais pu m’en passer. Il est une chose certaine : c’est que jamais plus je n’écrirai mon autobiographie, dussé-je vivre cents ans. Il faut être trop bassement épris de soi, pour en parler sans honte », a écrit Fédor Dostoïevski dans son avant-dernier roman L’Adolescent, quelques années avant sa mort.

Né le 11 novembre 1821 à Moscou, Dostoïevski est l’un des écrivains que le destin a béni pour marquer toute l’humanité et être à l’origine des plus prestigieuses expressions artistiques. Fervent lecteur de Goethe, Shakespeare, Schiller, sa vocation a dépassé toutes les frontières intellectuelles pour réunir le fantastique et le réalisme sous un « manteau » littéraire sans précédent. Epileptique, amoureux de la roulette russe, un jeu auquel il a conçu tout un roman intitulé Le joueur, Dostoïevski a fréquenté les milieux intellectuels dès son jeune âge où il façonne sa rébellion politique avant de se faire déporter en Sibérie. L’ordre de l’exécution donné, le destin s’y refuse pour que la condamnation à mort soit commuée en exil et travaux forcés pendant quatre ans.

Après son retour de Sibérie, Fédor Dostoïevski se lance dans une série de voyages en Europe et publie plusieurs romans qui marquent aujourd’hui le génie et la splendeur littéraire dont il dispose : Crime et châtiment, Les Frères Karamazov, Les Démons, Les Nuits blanches, Les Carnets du sous-sol, etc.

Georges Steiner, un des plus illustres critiques littéraires a publié en 1959 un ouvrage intitulé Tolstoï Ou Dostoïevski, titre déjà allégorique pour dire les « deux géants de la littérature », dans lequel il va jusqu’à dire « Demandez à un homme s’il préfère Tolstoï ou Dostoïevski et vous connaitrez le secret de son cœur ». Témoignant ainsi de l’ampleur qu’a pu atteindre l’écriture de Dostoïevski considérée comme la forme contemporaine par excellence, celle qui « a succédé au poème épique, au drame tragique. » Selon Georges Steiner, l’écrivain de Crime et châtiment « dit au monde entier : si vous voulez le royaume de la justice sur terre, le royaume de la raison, vous aboutissez par la ruine, par l’inhumain, par le monde concentrationnaire », une vision explicitement exposée à travers ses personnages dans Les Frères Karamazov, Les Possédés. Des personnages aux désirs engorgés, hésitants entre le bien et le mal, devant l’absurde des situations qu’ils vivent. L’un d’eux, Raskolnikov, héros de Crime et châtiment, illustre cette vision quant à la mort du père de son ami Sonia devant laquelle il s’est prosterné, mais en réalité, Raskolnikov a dit « Ce n’est pas devant toi que je me suis prosterné, mais je me prosterne devant la déchéance humaine. »

Fédor Dostoïevski est mort le 28 février 1881 laissant derrière lui une œuvre qui illumine la voix de tout écrivain d’aujourd’hui et convaincu pour toujours que « l’art sauvera le monde. »

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