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À Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui

Moi : Idir, c’est le Verbe kabyle conjugué à l’universel.

Lui : Ton expression fâcherait frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui. Il refuse aux mots « kabyle » et « universel » le droit de se rencontrer.

Moi : Tu parles de qui, là ? De « l’agité du bocal » ?

Lui : Il ne faut pas le qualifier ainsi. C’est rabaissant.

Moi : Ce n’est pas une insulte, c’est un compliment. L’expression « l’agité du bocal », que Céline a utilisée pour titiller « Jean-Baptiste » Sartre, tombe bien à propos. J’ai remarqué que frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, se comporte comme le poisson rouge.

Lui : Comment ça ?

Moi : Il s’agite tout le temps, tourne en rond et, comme le poisson rouge, il a la mémoire étroite.

Lui : Explique.

Moi : Il a oublié ce que les Kabyles lui ont appris.

Lui : Quoi ?

Moi : Plein de choses. La révolte d’Aït Ahmed en 63, le Printemps berbère, la création de la Ligue algérienne des droits de l’homme, la lutte pour les droits des femmes, la résistance contre l’islamisme, Octobre 88, le Printemps noir… et un tas de etc. Surtout une valeur capitale : la liberté.

Lui : Tu exagères, là.

Moi : Si frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, s’est échappé des griffes de l’islamisme, c’était grâce, en grande partie, à certains auteurs et artistes kabyles… Tu n’as qu’à vérifier où il donne ses conférences en Algérie. Toujours à Béjaïa, à Tizi-Ouzou ou à Berbère Télévision.

Lui : C’est peut-être vrai.

Moi : Non seulement frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, a oublié ce que la Kabylie lui a appris, mais il n’a pas hésité, comme le pouvoir algérien le fait depuis mauvaises lurettes, à mettre dans le même cageot islamistes et Kabyles. Pourtant, lorsqu’un islamiste a menacé frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, des Kabyles, généreux, n’ont pas hésité à le défendre.

Lui : Cela est vrai.

Moi : L’autre problème de frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, c’est qu’il souffre d’un double syndrome, celui du colonisé et celui du colonisateur.

Lui : Détaille.

Moi : Il chantonne le français et sa plume danse l’arabe. 

Lui : Je ne comprends pas.

Lire aussi: L’histoire des lièvres devenus lapins ou la servitude volontaire des peuples racontée en fable

Moi : Pas grave. Lui, farci de certitudes, comprendra. Il sait lire entre les mots et les virgules. Il sait même chercher des poux sur la tête du chauve.

Lui : Tu es sarcastique, là.

Moi : Pas vraiment. L’autre problème de frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, c’est qu’il est obnubilé par Voltaire.

Lui : Comment ça ?

Moi : Trop de Lumières aveuglent.

Lui : Je ne te suis pas, là.

Moi : Frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, ne comprend pas vraiment le sens du mot « universalité ». L’universalité ne s’oppose pas au local, elle le prolonge.

Lui : Explique. Tu es trop ciel à ciel. Sois terre à terre.

Moi : Parfait. Prends par exemple une colombe, coupe-lui les ailes, relâche-la et tu verras qu’elle ne fera que marcher. Prends une autre colombe, toute saine, coupe-lui cette fois-ci les pattes et tu constateras qu’elle ne pourra pas voler. Explication : la colombe, pour atteindre le ciel, a besoin aussi bien de pattes que d’ailes. Autrement dit, l’universalité sans le terroir, ce n’est que de l’universalisme, du globalisme vague, vulgaire et sans saveur. De la même façon, le terroir sans l’universel, ce n’est qu’un nationalisme bête et dangereux. Connais-tu ce proverbe nord-africain : si tu veux bien élever ton enfant, donne-lui des racines et des ailes ?

Lui : Non. Ton propos est trop philosophique. Revenons à feu Idir. Tu disais au début qu’il est le Verbe kabyle conjugué à l’universel…

Moi : Comme Aimé Césaire, Idir n’opposait pas le singulier à l’universel. C’est par l’approfondissement du terroir que sa musique a pu conquérir la Terre. Sais-tu pourquoi ? Parce que, dès le départ, Idir a eu la sagesse de fouiller dans notre patrimoine et, comme un magicien, il transformait en diamants toutes les pépites qu’il y trouvait.

Lui : Tu as raison.

Moi : C’est grâce à la force de l’oralité que notre peuple a pu résister aux différents conquérants. C’est à travers la poésie, le chant, le conte, la comptine et la fable qu’il a su créer des modes de résistance, lesquels lui ont permis non seulement de sacraliser la terre des ancêtres, mais aussi de diffuser des messages codés pour se protéger de l’ennemi extérieur. Les Français n’ont réussi à soumettre la Kabylie que 27 ans après leur débarquement à Alger, et cela n’a pu être réalisé qu’après avoir confié à des anthropologues la mission d’étudier la poésie, les mœurs et les institutions kabyles afin de décortiquer l’âme du peuple pour bien le dompter. Et ce n’est pas innocent si, dès leur arrivée en Afrique du Nord, les Arabes ont tout fait pour dévaloriser le patrimoine oral, les us et coutumes des Berbères.

Lui : Frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, pense que, contrairement à l’Amérique et à la France, la patrie d’Idir n’a rien apporté à la civilisation du monde.

Moi : Dis-lui que la civilisation, ce n’est pas le billet vert, la guillotine ou la bombe atomique… Peut-on oublier que celui qui a façonné la pensée de l’Homme occidental est le Berbère et Père de l’Église Saint-Augustin ? Contrairement aux idées reçues, la démocratie laïque n’est pas née avec la Révolution française ; c’est au Vème que le Pape berbère Saint-Gélase l’a explicitée dans une lettre qu’il a adressée à l’empereur byzantin Anastasius : « En matière de politique, le prêtre doit se plier aux ordres de l’empereur. En matière de religion, l’empereur doit écouter le prêtre. » On doit le premier roman non pas à Cervantès, mais à l’écrivain amazigh Apulée de Madaure (L’Âne d’or). C’est la reine Dihya, connue sous le nom de Kahina, qui a semé, avant l’heure, la première graine de féminisme (VIIème siècle). C’est l’écrivain berbère Tertullien qui a inventé le concept de Trinité… et un tas de etc. 

Lui : T’es sérieux ? J’ignorais tout ça.

Moi : Normal. Tu as fait l’école algérienne. On t’a lessivé le cerveau… L’Histoire est orgueilleuse : elle n’appartient qu’à ceux qui s’en souviennent.

Lui : Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, dit que les Kabyles passent leur temps à pleurnicher.

Moi : La plaie historique est profonde. Les colonialismes ne sont pas des dîners de gala. Les colons n’offrent pas des bonbons et des roses, mais des sabres, des balles et du sang… Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui, n’a qu’à sortir son acte naissance, sa carte d’identité, son passeport, la constitution de l’Algérie, son cahier d’écolier : sa langue y est partout, la mienne nulle part.

Lui : Pour détendre l’atmosphère, fredonne-moi une chanson du grand Idir.

Moi : Demande plutôt à frère Mohamed Daoud, alias Kamel Sifaoui… s’il n’est pas rebuté par la langue kabyle. Quant à moi, je préfère me taire, car je suis en deuil. Comme un orphelin, je me sens si seul et triste que je passe mon temps à errer. La disparition d’Idir, comme l’assassinat de Lounès Matoub, m’a retourné telle une galette kabyle. Je suis tout brûlé. De l’intérieur… Foutue vie qui emporte les poètes !

Romancier, poète, dramaturge et chroniqueur, Karim Akouche a publié notamment Allah au pays des enfants perdus (Algérie, France, Québec), La religion de ma mère (Algérie, France, Québec), Toute femme est une étoile qui pleure, Qui viendra fleurir ma tombe ? et Lettre à un soldat d’Allah. Chroniques d’un monde désorienté (Algérie, France, Québec). Il est régulièrement invité pour des conférences un peu partout dans le monde. Son livre Lettre à un soldat d’Allah, adapté et joué au théâtre, a eu un franc succès au Festival d’Avignon en 2018, ainsi que Toute femme est une étoile qui pleure, à Montréal, en 2013 et 2016.

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7 commentaires

  1. Je voudrais publier un article si vous le permettez.
    IDIR ou la Culture des humbles.
    Par Mohamed Ghemmour
    « Il faut tout un village pour élever un enfant » dit le proverbe africain.
    L’œuvre de Idir est une alchimie géniale, c’est le mélange de quatre éléments l’eau, l’air, la terre et le feu, en somme c’est le style, la fiction, le milieu et le message que j’essayerai de développer explicitement plus loin, car elle représente le contraire de l’inanité et de la rodomontade qui touche aussi bien le païen que le pastophore .
    Ce réactif autant dire qu’il est impossible d’en extraire les constituants une fois amalgamés et c’est tout le secret de la création artistique qui capte notre imaginaire, annule les frontières et dépasse nos différences culturelles pour s’élever, en faisant d’un conte populaire kabyle, un hymne universel qui célèbre la vie, la jeunesse, la culture et l’espoir.
    Cette poésie résonne dans l’éternité avec des mots simples mais bien choisis, pesés, ciselés dans un équilibre tel que la mobilisation de nos sens est immédiate, et fait office de vibration, d’une onde qui touche une fibre sensible, établit des ponts entre les peuples, utilise la culture comme vecteur et la langue kabyle comme porte-étendard de cet humanisme qu’il incarnait si bien dont le but ultime résidait dans la transmission, la générosité et le don de soi.
    Il serait donc réducteur de considérer Idir comme seulement un artiste aguerri, ça serait manquer de lucidité devant celui qui célèbre la femme en général, qui défend sa culture et sa langue au-delà des frontières physiques de son village et de son pays, de cet ambassadeur humaniste qui fuit les lumières artificielles pour briller parmi les étoiles, de celui qui trouve et montre le chemin de l’humilité incarnée, de cette figure de héros qui ne revendique pas ces attributs, ni matamore, ni faux brave. Il est de ceux qui tirent leur révérence le sourire aux lèvres, de ce citoyen du monde à la voix qui porte.
    Comme il incombe de faire vivre sa mémoire et son œuvre, il serait judicieux de revenir aux sources pour célébrer la légende et ne pas faire offense à cet héritage qui est le notre maintenant en contemplant la genèse de ce géologue de formation qui a trouvé sa pierre philosophale et qui a transformé tout ce qu’il a touché en or dans le pays du bijou argenté.
    Sa région.
    Ath-Yenni, région natale d’IDIR, n’est pas seulement une fabrique de bijoux notoirement connue pour la dextérité de ces artisans bijoutiers. Mais, leur savoir-faire remonte loin dans l’histoire avec un passé glorieux datant de la période turque. Ces derniers excellaient dans les Arts comme moyens d’expressions et dans l’artisanat érigée en économie locale pour faire face à l’oppression des dominants du moment.
    Ce moyen de subsistance assurait une source de revenus non négligeable dans une région enclavée et exposée à la misère. L’armurerie et la fausse monnaie étaient une pratique courante d’un savoir faire orienté et destiné à résister à un autre colonisateur, un de plus dans l’histoire millénaire des berbères qui accouche de son Histoire ancestrale des hommes de destin qui forgent aussi bien les peuples que les âmes.
    Idir par sa clairvoyance et son instinct affuté de poète avait saisi les contours de sa culture forgée sous le poids des épreuves, de l’adversité et les méandres du temps. Il ne pouvait qu’être le digne fils de celui qui a avait compris que la vie était un partage dans notre relation à l’autre.
    Mais, il n’en demeurait pas moins que c’était aussi un village situé entre deux vallons ou l’olivier et le figuier sont bien installés et ont une place de choix, ayant le Djurdjura comme seul témoin, et il n’en fallait pas plus pour élever des Hommes, car il y’en a eu et pas des moindres.
    Certains étaient précepteurs de princes, la famille MAMMERI notamment, alors que d’autres avaient la colline comme royaume. Mais, les uns ne contredisaient pas les autres car on est dans l’esprit de l’être collectif et de l’altérité. L’artiste le savait que trop bien bien et s’est donné la mission de le raconter à sa manière. Si ingénieuse, si subtile, si empruntée alliant le conte et la légende, réconciliant le présent et le passé, sans jamais insulter l’avenir et sa modernité.
    Ses belles histoires magnifiées devenaient une philosophie de vie teintée d’une sonorité atemporelle et joyeuse, elle servait aussi d’autres desseins plus existentiels voire plus urgents pour entretenir la mémoire collective et perpétrer la tradition. Il avait tenu à être à la hauteur de cet héritage si lourd et si important à la fois tout en gardant son humour alerte et tranchant bien de chez nous qui consistait à traiter la gravite de l’existence par la légèreté de l’âme.
    Sa naissance
    Né dans un petit village, l’enfant d’Ath-Lahcene est tombé dans la marmite très tôt. Tel un rite, son initiation passe par les contes et la poésie via le matriarcat de sa mère et de sa grand-mère. Il en fut heureux de baigner dans cette culture et de cet amour, ou il laissa voguer se belle imagination.
    Sans doute, que VAVA INOUVA des origines a pris forme très tôt dans la tête de cet enfant précoce, sans que le destin n’interfère, ni trop tôt, ni trop tard, car ce dernier choisit bien ces moments ; et ne contrarie pas l’innocence des premiers balbutiements.
    Le remplacement de la grande chanteuse NOUARA à une émission de radio à pied levé n’est qu’une preuve éloquente du destin du petit HAMID CHERIET qui allait devenir IDIR.
    Lui-même disait que : « c’est la musique qui m’a choisi et non le contraire ».
    Après une scolarité exemplaire dans le parfait sillage de ses ainés. Cette philosophie venait refléter l’esprit de toute une région, à croire à la réussite et à l’ascension sociale via l’école, le savoir, l’esprit critique, et la valeur travail dans tous les domaines.
    Cela montrait déjà l’enracinement de la tradition et la quête de l’universel, qui mettait en exergue le pragmatisme de cette culture locale. Cette philosophie de vie venait couronnait la plasticité et l’intelligence de l’enfant-Roi choyé par tout un clan ou la logomachie n’avait pas sa place sous le regard bienveillant d’un aïeul.
    Dans un univers ou les apprentissages se faisaient au rythme des balancements des barattes et du métier à tisser qui élargissait les horizons de jour en jour tout en s’enracinant dans les profondeurs de cette terre bénie ou le futur n’est qu’une continuité d’un passé qu’on attèle à bâtir tous les jours.
    Vive Ath-Yenni, Vive la Kabylie et Vive l’Algérie.

    1. La misere l occupation etaient le lot de route l algerie
      Toutes Les regions ont Des Racine’s ancestrales ont Des poesies magiques ont in genie artisanales ont subi Des oppressions sucessives et j en passe quelle est la particularite de la kabylie arretez de faire mousser can devient ridicule je voius signals que moi meme he suis kabylie arretez la victimisation j ai vu la misere D’s d autre regions quand a la langue je vois Mal in doctorate en quoique ce soit en kabylie maintenance qui veut parler ecrire chanter en kabylie qu il le fasse maintenance je be pensepas que void puissiez publier quoique ce soit en cette langue

  2. Ils aiment les Kabyles soumis ou morts. Cela dure depuis toujours, avant même l’indépendance. Merci monsieur Akouche pour toutes ces vérités qui tuent les hypocrites et les opportunistes. Le Kabyles doit prendre soin de ses racines et ses ailes. Mettre en quarantaine les ennemis de la Kabylie est un devoir.

  3. Vive la kabylie oui et l’Amazighité. Mais tjrs aux kabyles de se sacrifier et aux autres de récolter. La kabylie est le coeur battant du monde berbère.

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