« Il faut multiplier les espaces de diffusion du théâtre » (Mourad Senouci, dramaturge, directeur du TRO)

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Entre le théâtre, la radio, la télévision et la presse écrite, Mourad Senouci a toujours su trouver l’inspiration qui sied à chacun de ces trois continents. Dramatuge prolifique et auteur fécond, il dirige présentement le Théâtre Régional d’Oran, Abdelkader Alloula, qu’il compte bientôt quitter. Il nous dit pourquoi et nous parle de ces nouveaux challenges en précisant qu’il ne se voit heureux « que dans les changements perpétuels ». « On a le devoir d’être conséquents avec nous-mêmes. On ne peut pas revendiquer des changements sociaux et politiques tout en s’accrochant désespérément au moindre poste », affirme-t-il.

De Hamou Boutlelis au Théâtre Régional d’Oran, beaucoup d’eau a coulé sous les planches. Quelles sont les grandes balises dans ce long parcours ?

Mourad Senouci : Entre mes débuts avec la troupe Hamou Boutlelis, créée avec un groupe d’amis au lycée du même nom et mes débuts au TRO en tant que directeur, il y a eu un parcours de trente sept ans et c’est, en fait, toute une vie. Donc, il est difficile de citer quelques étapes ou moments, surtout que j’ai la chance d’avoir une vie intense et bien remplie. Mais on peut rappeler quelques repères. Entre 1980, mes débuts avec la troupe du lycée et 2017 ma prise de fonction en tant que directeur du TRO, j’ai suivi une formation à l’université d’Oran en tant que sociologue de la culture. Mon immersion dans l’univers associatif, tant culturel que social, en privilégiant la pratique permanente du théâtre, s’est soldée par l’écriture de dix sept pièces théâtrales qui ont toutes été produites mais également toutes publiées. Ces pièces ont été mises en scène par les plus grands noms de la scène algérienne et produites par les plus grands théâtres algériens, tel que le TRO, celui de Sidi Bel Abbés,  Batna, Annaba, Bejaïa et le TNA.

La production et la mise en scène de toutes ces pièces, couronnée par la responsabilité de la direction du TRO, qui porte le nom prestigieux de Abdelkader Alloula, ressemble plutôt à un aboutissement, pour ne pas dire une consécration.

Ce parcours a commencé au lycée. Notre troupe a eu le premier prix du festival du théâtre scolaire en 1980. Et sur les planches, hautement symboliques, du TRO. En tant qu’étudiant, nous avions décroché le premier prix du festival du théâtre amateur de Mostaganem en1985 avec la pièce Larbi Abdelmalek que j ai écrite et mise en scène. En tant que professionnel, la pièce Imra min warek, a été le premier texte algérien à être produit par trois théâtres publics en même temps.

Le TNA et le théâtre régional d’Annaba en ont coproduit la version en algérien avec une mise en scène de Sonia. Et le théâtre de Béjaïa a produit une version en tamazight, mise en scène par Omar Fetmouch. Cette pièce a décroché le Grand Prix au festival du théâtre amazigh accueilli par Batna en 2013. Beaucoup d’émotions ont jalonné ces réalisations. Mais je dois dire que même avec de très belles et très fortes expériences avec les théâtres publics, c’est avec ma petite troupe Hamou Boutlélis que nous avions vécu les moments les plus intenses.

Il y a eu tout de même Metzeouedj fi Otla qui a connu un succès phénoménal et un parcours hors du commun.

Tout à fait. Consécutivement aux trois grands moments exaltants que furent la période scolaire, l’intervalle universitaire et la phase du théâtre amateur, il y eut l’expérience de Metzeouedj fi Otla. Un mono drame produit avec mon ami et complice Samir Bouanani. En fait, c’était juste un essai dans un genre que nous n’avions jamais pratiqué. Mais qui s’est transformé rapidement en véritable phénomène social, puisqu’on a tenu l’affiche pendant 12 ans. On a joué partout en Algérie, dans tous les espaces possibles et imaginables. Avant d’être les porteurs du premier spectacle théâtral algérien, invité et programmé aux États-Unis (Washington 2009). Il reste également le premier et le seul spectacle algérien à être invité et programmé au festival international du rire de Marrakech. Sa réception et l’enthousiasme du public ont dépassé toutes nos attentes.

Après les États-Unis et Marrakech, il y eut aussi une expérience française et une autre palestinienne.

En effet, deux de mes textes ont été produits en France, en version française. J’ai eu aussi l’honneur et la fierté d’être produit à Khan Younès en Palestine occupée. Cette double ouverture sur d’autres cultures et d’autres sensibilités a été très enrichissante. Comme l’a été, au début, la traduction de deux textes en tamazight. L’autre enrichissement est celui d’être produit aussi par des associations et coopératives comme à Mostaganem, Oran, Chlef ou Béjaïa … C’est donc avec ce capital dans le domaine artistique que j’ai rejoint le TRO, sans oublier mon parcours de journaliste et de gestionnaire, notamment en qualité de directeur de la radio régionale d’Oran.

Mourad Senouci est aussi connu comme journaliste dans la presse écrite et dans la radio. Comment cette autre aventure s’est-elle enclenchée ?

Après un magister en sociologie culturelle, décroché avec une mention très honorable, grâce à l’encadrement de mon maître Djamel Eddine Guérid (Allah yerhmou), j ai rejoint par un concours de circonstances, la presse écrite en tant que correspondant de la revue L’Unité, puis l’hebdomadaire sportif El Hadef. Puis Alger Républicain en tant que correspondant bénévole. J’ai enfin bouclé mon expérience avec la presse écrite en tant que correspondant bénévole du journal Le Matin.

Ensuite, ce fut la presse parlée, puisque j’ai travaillé pendant quinze ans à la radio, dont dix ans en tant que journaliste et cinq ans en tant que directeur de la radio d’Oran El Bahia, que j ai quittée avec une belle lettre de démission du poste et de l’entreprise, suite à un désaccord avec le Directeur Général de l’époque.

Un mot sur les raisons de cette démission ?

Elle eut lieu en 2003. À mon retour de Strasbourg, où j ai été invité par le Parlement Européen à un colloque sur la communication et le marketing, organisé par l’université des radios locales européennes. Au lieu d’être félicité pour l’écho que ma communication a eu dans la presse européenne, grande fut ma surprise d’apprendre ma mutation d’Oran vers une autre ville. Et pour un projet de radio encore en phase de construction. Mais immédiatement, la télévision m’a fait une proposition. Dans ma nouvelle institution, j’ai travaillé pendant deux ans en tant que journaliste culturel, deux ans en tant que directeur régional de la station de Béchar, trois ans en tant que directeur régional à la station d’Oran et cinq ans en tant qu’assistant du Directeur Général de la télévision nationale.

Durant mes passages à la radio et la télévision, j’ai pu bénéficier de sept stages européens dans les domaines du management, coaching, gestion des ressources humaines, élaboration des grilles de programmes et communication-marketing. Grâce à ces formations, j’ai pu être formateur à l’Unesco des journalistes et animateurs des radios locales algériennes en 2002 et membre des organisations et instances régionales, telles que l’ASBU, la COPEAM et l’UER.

J’ai été également membre fondateur du Fennec d’or, du festival du cinéma arabe et du festival international du court-métrage, le Taghit d’or. Comme j’ai été le directeur de l’université euro-méditerranéenne qui a consacré sa session de 2008 au thème « Les jeunes journalistes et les nouvelles technologies ».

Donc, c’est avec ce parcours, tant dans le domaine artistique que celui de la gestion, que j’ai rejoint le TRO. Il faut dire que je l’ai rejoint en acceptant un salaire inférieur à mon dernier salaire à l’ENTV et en travaillant avec mon téléphone personnel, mon ordinateur et ma voiture. Je tenais à être au service du théâtre qui m’a permis de grandir et je voulais le faire pleinement.

Peut-on considérer que vous êtes parvenu à cette plénitude au Théâtre régional d’Oran Abdelkader Alloula ?

Là, j’arrive au terme de mon projet et je pense avoir donné le meilleur de moi-même. Le conseil d’administration de l’entreprise, tenu le 27 août 2020, a validé mon bilan en considérant que j’ai réalisé dix des onze objectifs arrêtés dans mon plan de travail proposé à ce même conseil, un certain 29 août 2017.

Ce que j’ai pu réaliser au TRO en trois ans a été possible grâce à l’implication et l’engagement d’une bonne partie des travailleurs du TRO qui ont cru en mon projet, mais aussi grâce au public qui n’a jamais cessé de nous soutenir. Actuellement, dans ma tête, je suis déjà dans l’après-TRO même si je ne vais pas le quitter avant la réalisation de certains projets et opérations qui sont à mi-chemin. J’assumerai donc mes responsabilités jusqu’au bout et je quitterai le TRO une fois le classement de celui-ci en tant que monument historique officialisé. Et après que l’opération de restauration et de réhabilitation des statues sur la toiture soit menée à son terme. Je compte lancer incessamment le système de réservation en ligne, mettre en place une médiathèque pour les archives et documents numérisés ainsi que les fonds documentaires remis par la famille Alloula et le fond d’archives remis par l’ancien directeur Saïd Kateb. Je viens d’être saisi par un autre ancien directeur, Saïd Bouabdellah, qui compte me remettre des archives importantes. En respect à ce signe de confiance, je dois mettre tout ce trésor dans de bonnes conditions de préservation et aussi de protection juridique. Je compte aussi et avant de partir, réaliser un guide des procédures de gestion administrative pour que la norme soit de mise au lieu des humeurs des gens. Et pour terminer, j’ai une générale d’un nouveau produit théâtral pour enfants à organiser et un programme de reprise de diffusion pour les pièces pour adultes que nous n’avions pas pu diffuser suffisamment… Donc voilà ce qui me reste à faire avant mon départ. Je ne sais pas ce que cela va me demander en terme de temps, mais je ferai le maximum pour que ce soit dans des délais acceptables

Le ministère de la Culture vient de mettre en place une cellule de réflexion pour la réforme du théâtre algérien. Que pensez-vous de cette démarche ? Cette même cellule est chargée de réfléchir la libéralisation du théâtre. Qu’entend-on au juste par libéraliser le théâtre en Algérie dans le contexte présent ?

Pour ce qui nous concerne, cette commission est vraiment la bienvenue. Grâce à elle, on ne se sent plus seul en travaillant sur le développement du théâtre de rue et sa généralisation, en travaillant sur les dossiers de numérisation des archives, les stratégies de communication, la modernisation des supports de gestion et de communication. Cette commission est en train de prouver que lorsqu’en 2018 nous avions produit le premier spectacle de rue en tant que théâtre public, on n’avait pas tort de le faire et lorsque nous avions lancé la numérisation de nos archives, c’était bel et bien un projet d’une extrême importance. Nous avons toujours cru en notre programme, mais ça fait tellement du bien de ne plus se sentir seul.

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La généralisation de la pratique du théâtre de rue, de la numérisation, la modernisation du principe de l’évaluation et du contrôle, l’importance du mérite et de la performance, la nécessité d’assurer le service public tout en assurant une rentabilité financière. Tout cela est écrit noir sur blanc sur nos différents plans d’actions validés par le conseil d’administration depuis 2017. Une très grande partie de ces programmes est une réalité concrète et vérifiable au TRO. Donc le fait de savoir qu’une commission nationale planche sur ses mêmes dossiers, avec l’intention de les généraliser, ne peut que nous rendre heureux. Car, comme tout le monde le sait, il est souvent difficile d’ouvrir, tout seul, des brèches dans la muraille de l’immobilité. Heureusement pour nous que notre merveilleux public a toujours été à nos côtés et heureusement aussi que notre tutelle nous a toujours soutenu.

Pour assurer une relève de qualité, il faut une formation de qualité. Qu’en est-il de la formation en arts dramatiques en Algérie. Y a-t-il des écoles ? Vous connaissez bien le département d’art dramaturgique d’Oran. Quelle est votre appréciation sur la formation dramaturgique en général en Algérie ? Par ailleurs beaucoup d’observateurs et de critiques ramènent l’échec du théâtre à la médiocrité de la production. Qu’en est-il selon vous ?

Je ne pense pas que la faiblesse de la socialisation du théâtre soit due à la médiocrité de ses productions, c’est plutôt l’inverse qui est juste à mon avis, parce que d’abord la médiocrité n’est pas générale. Comme toutes les activités sociales, la qualité est certes très minoritaire, mais elle existe et on n’a pas le droit d’occulter les efforts de ceux qui travaillent dans ce sens, souvent au détriment de leur santé et, pour beaucoup, dans l’anonymat le plus total. Combien de médecins, d’enseignants, de chercheurs, de journalistes ou d’artistes ne sont pas du tout satisfaits de cette médiocrité ambiante, mais au lieu de pleurnicher sur leur sort et celui de leurs concitoyens et de leurs pays, ont décidé de se battre avec comme seule arme, le travail et la patience. Par respect à tous ces battants, même s’ils sont minoritaires, personne n’a le droit de généraliser. Après, je pense que le travail de socialisation du théâtre n’est pas uniquement de la responsabilité des femmes et hommes du métier ; la responsabilité première incombe aux pouvoirs publics.

Tant que le théâtre ne fera pas partie d’un projet de société, tant qu’il n’est pas inclus dans le système éducatif et tant que la part du budget alloué à la culture est sous le 1/100, il ne faut pas s’attendre à une socialisation durable… On aura, dans le meilleur des cas, des feux de paille ou des coups d’éclats limités dans le temps et l’espace. Le théâtre est un acte social, donc il ne peut être que le reflet de la société.

Chaque fois que nous évoquons le théâtre en Algérie, nous avons toujours en tête des noms comme Kateb Yacine, Abderrahmane Kaki, Abdelkader Alloua, Azzedine Medjoubi, entre autres, tous disparus, qu’en est-il de la relève, après la disparition de ces monstres sacrés ?

Concernant la relève, j ai le même avis que celui sur la socialisation. Le problème de la relève est un problème qui se pose dans tous les domaines de l’activité sociale de notre pays et l explication en est très simple à mon avis. Depuis 1988, soit depuis trente deux ans, la société a toujours était instable, on était dans une turbulence continue et la formation était le dernier des soucis des décideurs. Ceux qui se sont frayé un vrai chemin dans le monde des arts, de la science, par exemple, l’ont fait grâce à des itinéraires individuels et ne sont nullement le produit du système. Où pouvait-on former des comédiens en Algérie depuis les années 1990 ? On a un seul institut spécialisé, celui de Bordj El Kiffen et même cet institut a subi les répercussions de l’ambiance générale et l’instabilité criarde qui a caractérisé sa direction ces dernières années en est la plus grande preuve. Les enseignants n’ont plus le même niveau que leurs ainés, les chercheurs, les politiques, les journalistes, exception faite pour les battants, les minoritaires, alors comment voulez- vous que le théâtre en soit exempté ?… Et puis, je pense qu’il faut arrêter avec les comparaisons, sauf si c’est des comparaisons globales.

Avant de vouloir obtenir d’autres Alloula, Medjoubi, Kaki, Ziani, Sonia, Benguettaf ou Sirat, il faut reconstituer le même climat culturel, social et politique qui les a produits… Les comparaisons hors contexte ne sont ni justes, ni fidèles

Le privé commence à s’intéresser au théâtre et au culturel en général, à Oran et ailleurs. Comment voyez-vous cette heureuse « intrusion » dans un univers jusque-là réservé aux sphères officielles ?

Je trouve l’ouverture au secteur privé fort intéressante et fort importante. La société a besoin d’un théâtre public fort avec des missions de service public claires et soutenues. Le théâtre public a aussi besoin d’un État fort avec un projet clair et soutenu. Et en parallèle, on a aussi le devoir de soutenir toutes les initiatives visant à servir la pratique et la culture théâtrales. L’initiative doit être soutenue et encouragée, qu’elle vienne du mouvement associatif, des communes, ou du secteur de la jeunesse et du sport, elle doit être la bienvenue du moment qu’elle sert le théâtre et la culture.

Maintenant, qu’un investisseur privé décide de construire un théâtre avec ses propres fonds, on ne peut qu’applaudir et la ville d’Oran doit en être fière, puisque ce sera la première ville algérienne à avoir un magnifique théâtre public de 500 places, le TRO Abdelkader Alloula, et un très beau théâtre contemporain de 120 places, en l’occurrence le Théâtre de la Fourmi.

Pour ce qui me concerne et en vivant de près l’expérience du théâtre la Fourmi qui ouvrira bientôt ses portes, un théâtre construit et équipé en moins de six mois, je peux dire que notre ville vivra bientôt une expérience unique puisque nous allons avoir enfin de beaux programmes. Il nous arrivera d’hésiter avant de choisir ou aller et tant mieux ! J’espère juste que cette expérience fera tache d huile.

Multiplier les espaces de diffusion, soutenir les associations qui ont aménagé les locaux mis à leur disposition par les APC et la DJS en théâtre de poche, comme c’est le cas pour nos amis de Mostaganem, Bordj Menail, Oran et Hammam Bouhadjar. Tout cela pourra redynamiser le secteur théâtral.

Comme démarche, je propose de commencer par consolider ce qui existe, les théâtres publics et les théâtres de poches aménagés par les associations et mettre rapidement un plan et des mesures d’accompagnement pour les privés qui souhaitent investir dans le domaine.

Je connais plein d’artistes, jeunes et moins jeunes, qui aspirent à avoir leur petit théâtre et ils sont prêts à s’engager avec un apport financier. C’est avec ce genre de profils qu’il est possible de construire un nouveau théâtre. Il faut travailler avec ceux qui fonctionnent en entrepreneurs. C’est notre seul salut, l’esprit d’entreprenariat doit être de mise aussi et surtout dans le secteur public, car le privé est déjà régulé par l’obligation de résultats et les résultats chez le public ne doivent pas être nécessairement financiers. Eduquer, cultiver, c’est plus qu’un capital

La page du théâtre régional d’Oran est donc arrivée à son terme ? Est-elle définitivement tournée ? Existe-t-il, en toute franchise, d’autres raisons qui vous poussent au départ ? En termes clairs, pourquoi vous quittez le TRO ?

Pourquoi je veux quitter ? En rejoignant le TRO en 2017 en tant que directeur, je ne l’ai fait ni pour la figuration et le prestige, ni pour une gestion au jour le jour et encore moins pour plaire à tout le monde. Je suis venu au TRO porteur d’un projet culturel, avec un plan de travail, des objectifs clairs, une vision à moyen terme et une stratégie. Je savais d’où je prenais mon départ et où je comptais arriver. J’ai d’ailleurs formulé tout cela dans un projet de trois années car, dès le début, j’avais annoncé à notre conseil de direction que je ne comptais pas rester plus de trois ans. Mais pourquoi trois ans ? Pour moi, c’était la durée suffisante pour la réalisation du projet que je comptais réaliser. Et comme chez nous il est difficile d’assurer une mission de directeur de théâtre tout en continuant à écrire et à produire ses propres textes, je me suis dis, et dès le début, qu’il n’y aurait pas de mal à mettre mes ambitions et mes projets artistiques et personnels en veilleuse pendant cette période, le temps de réaliser un objectif primordial et historique : servir le théâtre de ma ville.

Le sacrifice valait la chandelle et mon temps, je l’ai donc consacré beaucoup plus au travail avec mes collègues et le public, qu’aux fausses batailles, en désactivant dès le départ une touche qui pouvait être utilisée pour me faire perdre du temps. J’ai pu mettre un maximum de concentration et d énergies au profit de l’essentiel. À présent, il est temps de reprendre mon activité d’auteur et il est temps de me remettre à m’amuser avec mon complice Samir Bouanani en produisant et diffusant nos spectacles. Et la aussi, j’ai envie d’être totalement libre en commençant par quitter mon poste de directeur. J’en ai informé ma tutelle et lui ai expliqué tous les détails qui motivent ma décision. C’est donc la raison principale qui explique mon choix de départ. Après, il y a d’autres raisons et qui sont moins compliquées à expliquer ; elles sont simples et logiques. D’abord, je ne me vois heureux que dans les changements perpétuels et les nouveaux challenges. La preuve est que j’en suis déjà à ma troisième expérience professionnelle.

Ensuite, je pense avoir donné le meilleur de moi-même au TRO et c’est donc pour moi le moment idéal pour passer le relais à quelqu’un de plus frais, porteur d’autres idées, d’autres visions, car on a le devoir d’être conséquents avec nous-mêmes. On ne peut pas revendiquer des changements sociaux et politiques tout en s’accrochant désespérément au moindre poste.

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