« Les musulmans ne connaissent ni leur histoire ni leurs sociétés » (Lahouari Addi, sociologue)

Dans cette interview accordée à Algérie Cultures à l’occasion de la parution de son livre La crise du discours religieux musulman, le sociologue Lahouari Addi met la lumière sur les principaux freins à l’émancipation du monde musulman et offre les clefs de sortie de cette impasse historique. Tout en affirmant que l’islam d’aujourd’hui est otage d’une mytho-histoire et de la culture du 7ème siècle, totalement inadaptée à notre temps, il estime que seule la réhabilitation des sciences humaines et sociales dans les sociétés dites musulmanes peut libérer ses dernières des dérives éthiques et politiques de l’islam. « Quand quelqu’un croit parler au nom de Dieu, il devient une menace pour les autres et pour l’ordre public », assure-t-il.

 

Vous parlez de « la crise du discours religion musulman » dans votre dernier livre alors que certains penseurs parlent de dérive puisque les victimes de ce « discours » ne se comptent plus. Comment se décline cette crise aujourd’hui ?

Réponse : Par discours religieux musulman, j’entends la théologie et les représentations populaires qu’elle irrigue. C’est une conception des textes sacrés reliée à une métaphysique et à une morale. Cette théologie s’est formée durant les premiers siècles de l’islam et je pense qu’elle avait atteint son degré d’achèvement avec al Ghazali (1058-1111) appelé hujjat el islam. Il y a eu des débats et des divergences entre théologiens, mais globalement al Ghazali a été reconnu comme l’autorité intellectuelle chez les sunnites. Son discours est aujourd’hui dépassé ; cela ne veut pas dire qu’il avait une interprétation erronée de l’islam ; cela veut dire qu’il pensait avec le paradigme grec qui à son époque fournissait les concepts d’intelligibilité du monde et de Dieu. Al Ghazali était un bon connaisseur de Platon qu’il a adapté à la révélation coranique en traçant les limites entre la philosophie et la théologie. Après avoir « islamisé » Platon, comme l’avait fait avant lui Saint Augustin (354-430 après JC) pour le christianisme, il a quasiment interdit la philosophie dans son livre Tahafut al falasifa. Aujourd’hui, il faut d’autres théologiens de la dimension d’al Ghazali, mais qui connaissent la philosophie moderne. Malheureusement après lui, il y a eu des oulémas qui n’avaient même pas sa connaissance de la métaphysique grecque. Les dérives dont vous parlez ne sont qu’un aspect de la crise du discours religieux qui ne fait que se répéter sans aucune nouvelle approche théologique. La pensée religieuse est toujours portée par une métaphysique et par une culture qui appartiennent à leur temps. J’en conclus que ce n’est pas la foi en Dieu qui est en crise ; c’est la culture qui la véhicule.

Quand on voit le nombre d’universités qu’il y a dans les pays dits « musulmans », on est tenté de croire que la science va bien. Comment la capitulation de la raison a pu être possible aujourd’hui, y compris dans les milieux universitaires ?

En général, la culture musulmane accepte les sciences et techniques, à l’exception de Mohammed Abdelwahab (1703-1792) qui a dit que toute connaissance apparue après le Coran est illicite. Il a écrit cela au moment où Newton (1642-1727), qui était son contemporain, mettait au point les lois de la gravitation universelle. Plus tard, Mohamed Abdou (1849-1905) l’a réfuté et les musulmans acceptent sans problème les découvertes scientifiques. Mais Mohamed Abdou encourage un positivisme sans sujet. Je consacre le chapitre 5 de mon livre à cette question. Il fait comme si la science était l’œuvre d’une raison désincarnée que Dieu a donnée à l’homme. Pour les oulémas, les Européens ont su exploiter ce don de Dieu mieux que les musulmans. « Ils » ont inventé l’avion mais c’est « nous » qui aurions dû l’inventer si nous avions respecté correctement les préceptes du Coran. La technique n’est pas perçue comme faisant partie d’une conception du monde et des rapports sociaux. C’est comme si Galilée aurait pu faire ses découvertes au 5ème siècle en Afrique ou en Asie. Ses découvertes ne sont pas perçues comme l’expression d’une maturation intellectuelle dans la société, c’est juste que Galilée était plus intelligent que les autres. Il aurait pu être Arabe ou Hindou à n’importe quel siècle. Dans le monde musulman, Galilée est resté platonicien, alors qu’il est cartésien en Occident. Mohamed Abdou a écrit que l’islam n’aurait jamais persécuté Galilée comme il l’a été par l’Eglise. C’est vrai, parce que la théologie musulmane, depuis al Ghazali, est indifférente à la causalité aristotélicienne des phénomènes de la nature. Si Galilée démontre que la terre tourne autour du soleil, on lui dira c’est parce que Dieu le veut. Mais s’il démontre scientifiquement que c’est le soleil qui tourne autour de la terre, on lui dira aussi c’est parce que c’est Dieu qui le veut. Paradoxalement, le refus de la causalité aristotélicienne fait de la science non pas une conquête intellectuelle, mais juste une innovation technique survenue par hasard. Mais si la théologie musulmane accepte la science de la nature, elle n’accepte pas la science de l’homme, notamment la philosophie qu’elle a fait disparaître dès le 12ème siècle. Ceci a entraîné comme conséquence un climat hostile à tout savoir non religieux sur l’homme et la société. C’est ainsi que les musulmans ne connaissent pas leur histoire ni leurs sociétés. Le passé est connu à travers des mythes et des idéalisations narratives. Les sources arabes du premier siècle sur la vie du prophète et ses compagnons ont été brouillées par un flot de narrations mythiques dissuadant toute recherche rigoureuse. Le discours religieux a pris la place du savoir sur le passé et sur le présent. Si ce discours ne fait que se répéter depuis des siècles et de commenter les mêmes commentaires du passé, c’est parce que la philosophie qui introduit de la rigueur dans la pensée a été exclue de la culture musulmane. Les théologiens n’acceptaient pas le postulat de Ibn Rushd (1126-1198) selon lequel la révélation divine ne contredit pas la raison et la raison ne contredit pas la révélation divine. Pour Ibn Rushd, si la raison contredit la révélation, il faut alors passer par l’interprétation de la révélation pour les rendre conformes. Ce postulat, qui est aussi celui des Mu’tazilas (8ème siècle) a été combattu par les théologiens orthodoxes. Certains diront que la philosophie n’a jamais disparu et qu’elle a continué dans le soufisme et en particulier avec l’islam néo-platonicien. Sauf que Plotin (205-270 après JC) est un mystique et non un philosophe comme Platon, Aristote, Ibn Rushd…

La thèse principale de votre livre, c’est que c’est la culture qui influence la religion et non l’inverse. Or, aujourd’hui, on voit bien que la religion occupe une position hégémonique et empêche tout effort de réflexion.  Comment libérer la culture de l’emprise de la religion ?

Vous dites « on voit bien que… », mais l’approche scientifique ne se réduit pas à ce qu’on voit. « Ouvrez bien les yeux et que d’erreurs y pénètreront, » écrit Gaston Bachelard. Ce dont nous parlons demande le travail de terrain, l’examen de l’objet du point de vue de l’intéressé, l’enquête, l’observation participante, l’analyse des discours, etc. Après avoir fourni ce travail, je suis arrivé à la conclusion que c’est une illusion de dire que la religion domine la culture. De mon point de vue, c’est l’inverse. La religion est toujours vécue dans une culture et le problème de l’islam aujourd’hui, c’est que les oulémas le pensent avec la culture du 7ème siècle et avec la métaphysique de l’époque. La théologie monothéiste (judaïsme, christianisme, islam) a été pensée avec les concepts de la philosophie grecque. Le juif Flavius Joseph (200 avant JC) est platonicien ; Saint Augustin est platonicien comme l’est aussi al Ghazali. Nietzsche disait : « le christianisme, c’est du platonisme pour les masses ». C’est aussi vrai pour l’islam. Les textes sacrés ont été interprétés avec la métaphysique de l’époque. Et c’est inévitable. Quand Dieu s’adresse aux hommes, il s’adresse à eux dans leurs cultures, c’est ce qu’expliquent Mohamed Arkoun et Hamid Abou Zeid. Dieu ne peut pas parler aux hommes en dehors de leurs cultures, de leurs langues, de leurs époques. La transcendance est absolue mais il lui faut l’histoire pour se manifester. Dieu ne peut pas ignorer l’histoire, et c’est pourquoi les réformes religieuses sont nécessaires. Il y a un hadith qui dit que Dieu enverra un réformateur tous les siècles.  À ce compte, les musulmans ont raté quinze réformes religieuses. En tant qu’êtres humains, nous n’avons pas un accès direct au texte sacré en soi. On l’interprète pour soi. Les croyants interprètent le texte sacré dont le sens en soi n’est connu que de Dieu et des prophètes. C’est pour cela qu’il y a des divergences entre théologiens et des schismes dans toutes les religions qui prétendent avoir la vraie interprétation contre les autres. Quel est le vrai islam, celui des sunnites ou des chiites ? Ibn Taymiyya critique al Ash’ari, Ibn Rushd, Ibn ‘Arabi et d’autres encore. Qui a raison ? Lui ou ceux qu’il a critiqués ? Quel est le vrai christianisme, celui des catholiques ou celui des protestants ? Et à l’intérieur de chaque courant religieux, il y a d’autres sous-courants qui déclarent posséder la seule vraie interprétation. Cette concurrence entre les vraies interprétations débouche sur les guerres et les massacres dans toutes les religions. Je crois que c’est Hobbes qui disait : « En religion, il y a toujours un pur plus pur qui épure ». Si vous croyez que Ben Laden est un extrémiste, et bien sachez qu’il y aura plus extrémiste que lui, et cela à l’infini. Mais ce problème ne provient pas des textes sacrés ; il provient de l’anthropologie de l’homme qui, par amour de soi, se déclare être le plus proche de Dieu CONTRE les autres. On revient à l’homme, à sa psychologie et à sa culture. Pour le philosophe Kant (1724-1804), l’amour de soi est à l’origine du Mal radical. Et cela, les théologiens du passé n’en étaient pas conscients. Ils croyaient qu’il y a avait d’un côté les bons et de l’autre les méchants. La philosophie moderne montre que l’homme est simultanément bon et méchant. Et souvent, il croit faire du bien, alors qu’il fait du mal. « L’homme n’est ni ange ni bête, mais quand il fait l’ange, il fait la bête, » écrivait Pascal (1623-1662).

Pour vous, l’islam vécu, c’est celui qui s’est construit historiquement dans des contextes musulmans et il est profondément influencé par la culture, la politique, l’économie, etc. Mais le Coran existe et c’est ce livre qui est l’origine de cet islam dont vous parlez. Quelle est la place que doit occuper le texte coranique dans le monde d’aujourd’hui ?

Il faut bien comprendre la vocation première de la religion qui a deux objectifs : tracer une frontière nette entre l’homme et l’animal et interdire le meurtre. L’interdit de l’inceste n’existe pas chez les animaux. Par ailleurs, à travers le récit de Ibrahim al Khalil qui veut sacrifier son fils Smail pour montrer l’amour qu’il a pour Dieu, le Coran affirme que même pour Dieu on ne tue pas un être humain. Ceci est confirmé par le verset qui dit que « tuer un homme, c’est comme tuer toute l’humanité » (s. 5, v. 32)). Mais il faut tenir compte de l’anthropologie de l’homme qui porte en lui le Bien et le Mal et qui utilise la religion consciemment ou inconsciemment pour assouvir son amour pour lui-même. La pensée humaniste n’est pas hostile à la religion en tant que pratique spirituelle ; elle est hostile à l’aliénation religieuse. Quand quelqu’un croit parler au nom de Dieu, il devient une menace pour les autres et pour l’ordre public.

Beaucoup d’analystes considèrent que « la crise du discours religieux musulman » est due au blocage de la raison, mais vous, vous critiquez le concept de raison dans votre livre, et vous avancez même que les théologiens sont des penseurs rationnels. Pouvez-vous expliquer ce qui apparaît comme un paradoxe ?

Si le discours religieux est en crise, c’est parce qu’il a usé et abusé de la raison. C’est quoi la raison ? C’est le bon sens qui fait croire à la cohérence d’une conception du monde qui repose sur des convictions. Le bon sens est porté par des postulats et il est la chose la mieux partagée du monde dit  de Descartes. C’est la première phrase du Discours de la Méthode. Il n’existe pas de société où il n’y a pas de bons sens et de raison. Mais attention, la raison est comme l’auberge espagnole où chacun apporte sa nourriture. Un individu affirmera qu’il a raison contre un autre à partir de ses croyances. Comment résoudre ce problème ? Il a été résolu par Kant en séparant la raison pure validée par l’expérience (la science) de la raison pratique fondée sur la morale. Kant arrive à la conclusion que la raison pure (la science) ne peut pas démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu. Cela ne relève pas de son domaine. La science est modeste et ne peut pas répondre à toutes les questions métaphysiques que se pose l’homme. Concernant Dieu, il faut interroger la métaphysique et la raison pratique. C’est pour cela que dans la modernité, le discours religieux fait référence à la raison pratique assimilée à la conscience. La conscience, que la philosophie grecque ignorait, est une découverte de la modernité intellectuelle. C’est pour cela que j’ai choisi comme sous-titre de mon livre « Le nécessaire passage de Platon à Kant », c’est-à-dire le nécessaire passage de la raison platonicienne à la conscience kantienne en matière de foi. La raison est belliqueuse car on a toujours raison contre quelqu’un ; à l’inverse, la conscience est pacifique.

Pensez-vous que les réformes de Mohamed Ben Salmane en Arabie Saoudite vont dans le sens que vous indiquez ?

Le fait que l’Arabie Saoudite entreprenne des réformes sociales est une preuve supplémentaire que le discours religieux musulman hérité de al Ghazali est incompatible avec la réalité historique contemporaine. Mais ce n’est pas en ouvrant des parcs de loisirs et des boîtes de nuit qu’on modernisera ce discours. Ce n’est pas en étant un ami de Netanyahu et de Trump qu’on résoudra la question de l’islam. Ce n’est pas en découpant à la scie un journaliste qu’on avance la cause de l’islam. Mohamed Ben Salmane a fait abattre une répression terrible sur les courants libéraux de la société. Sa police a torturé des femmes emprisonnées selon des rapports d’Amnesty International. Il n’a aucune crédibilité morale pour entreprendre une réforme religieuse.

Il faut plutôt reprendre le projet inachevé de Mohamed Abdou pour réformer l’interprétation actuelle de l’islam héritée des siècles passés. Pour cela, il faut enseigner la philosophie moderne et les sciences sociales. C’est un vaste chantier que de réformer la théologie en donnant une formation académique scientifique aux futurs imams.

Vous plaidez pour une réhabilitation des sciences humaines et sociales pour mieux comprendre et adapter les religions aux exigences du monde d’aujourd’hui. Vous dites que la religion et les sciences ne sont pas rivales mais complémentaires. Et, dans ce sens, vous parlez d’un enrichissement mutuel de toutes les cultures, y compris occidentales. « Au-delà des différences des cultures, il y a une unité épistémique et éthique du genre humain, » écrivez-vous ? Ceci est-il possible quand on observe les crispations et les replis identitaires qui prennent d’assaut le monde dit musulman ?

En condamnant la philosophie, al Ghazali et ses disciples ont empêché le développement du savoir profane, c’est-à-dire l’histoire, l’anthropologie, la psychologie, etc. Pour eux, tout ce qui devait être dit sur l’homme et sur la société est dans le Coran. Le résultat est que la société musulmane s’est peu à peu coupée des évolutions historiques pour s’enfermer dans un passé mythique qui n’a jamais existé. La théologie et les sciences humaines ne sont pas en compétition. L’une a pour objet l’étude des textes sacrés et la foi, tandis que les autres ont pour objet les sociétés. En interdisant le savoir profane, c’est-à-dire les sciences sociales, la théologie a empêché de renouveler la compréhension du texte sacré à travers l’histoire. Elle a aussi soustrait le musulman du reste de l’humanité. C’est comme s’il y avait une « humanité musulmane » et une « sous-humanité non musulmane ». Or, l’humanité est une, mais elle a plusieurs visages. Elle est musulmane, chrétienne, juive, bouddhiste, païenne, athée, etc. Il y a un verset du Coran où Dieu dit que s’il avait voulu donner une seule religion à l’humanité, il l’aurait fait (s. 48, v. 5). Ou encore « à vous votre religion, à nous notre religion » (s. 109, v. 6). Le prosélytisme est en principe interdit, mais celui qui veut librement se convertir, il est bien accueilli.

L’humanité est composée de plusieurs religions et de cultures qui s’échangent les façons de penser et de produire. Les Chinois ont inventé la roue et les musulmans l’algèbre ; on doit aux peuples d’Amérique précolombienne une majorité de nos légumes (haricot, tomate, pommes de terre…). Quant aux Européens, ils ont inventé l’État de droit. Chaque culture apporte quelque chose au pot commun de l’humanité. Au niveau des idées, Platon, Ibn Rushd, Kant… n’appartiennent pas seulement à leurs peuples respectifs ; ils appartiennent à la pensée universelle. C’est ainsi parce qu’il y a une unité épistémique et éthique du genre humain. Partout deux plus deux font quatre et partout tuer un être humain est un crime condamnable. Ceci dit, les cultures ne sont uniformes ni dans le temps ni dans l’espace. L’ethos culturel d’un Algérien et celui d’un Vietnamien sont différents ; tous deux sont proches par leur humanité et différents par leurs cultures respectives. La diversité culturelle et religieuse est une richesse ; elle encourage à la tolérance. Si on se mettait tous à un seul mode de vie, disons l’Americain way of life, ce sera un appauvrissement pour tout le monde.

En tant que sociologue, vous considérez que le discours religieux musulman est en crise depuis des siècles et il est parfaitement inadapté au monde d’aujourd’hui. Toutefois, dans certaines de vos positions politiques, vous dites que les démocrates doivent accepter les islamistes comme ils sont. Reconnaitre l’islamisme et faire comme si c’était un courant « ordinaire » n’est-ce pas une façon de le légitimer et de le conforter dans ses dérives épistémique et éthique ?

La référence idéologique des islamistes est la théologie, notamment celle de Ibn Taymiyya qui, à son époque déjà (13ème siècle), avait été arrêté plusieurs fois pour extrémisme. Cependant, les dérives dont vous parlez ne peuvent être combattues que par un État de droit. Les régimes autoritaires n’ont pas la légitimité morale et politique pour gagner la bataille idéologique contre l’islamisme. En Algérie, le régime a annulé des élections gagnées par un parti islamiste et a combattu la violence islamiste en dehors de la légalité. Le résultat est que, aux yeux d’une partie de l’opinion, les islamistes apparaissent comme des victimes. Ceci dit, comme je l’ai montré dans plusieurs de mes travaux, l’islamisme est un courant politique et non religieux. C’est un produit contradictoire de la modernité. Il mobilise les masses populaires pour faire entendre leurs voix dans les institutions, mais il n’a pas d’idéologie politique pour penser la souveraineté de l’électorat comme source de loi. Il y aura forcément dans le temps une évolution comme c’est le cas en Tunisie. Les islamistes suivent le chemin déjà emprunté par les partis démocrate-chrétiens de l’Europe du Nord. Ils finiront par s’intégrer dans le jeu démocratique lorsqu’ils accepteront les principes de la liberté de conscience et de l’égalité homme/femme. Le monde musulman est désormais dans la période post-islamiste.

 

 

Lahouari Addi, La crise du discours religieux musulman. Le nécessaire passage de Platon à Kant, éditions Frantz Fanon, 2020. Prix public : 1000 DA

« Les musulmans ne connaissent ni leur histoire ni leurs sociétés » (Lahouari Addi, sociologue)

4 commentaires sur “« Les musulmans ne connaissent ni leur histoire ni leurs sociétés » (Lahouari Addi, sociologue)

  1. le livre est-il en rayons? Comment pourrais-je avoir une version papier?
    Je suppose que c’est une vision des choses qui nécessite un intérêt particulier de la part de nos intellectuels,si jamais ils sont près à aller au-delà de leurs égocentrisme .

  2. C’est surtout parce que les Musulmans ne connaissent pas leur Religion! Ibn Khaldoun a bien défini les élément d’approche et les prémisses de notre déconnexion des réalités du Monde Moderne. Merci M. L. Addi.

  3. Pourquoi Lahouari Addi ne cite pas Ibn Khaldoun, du moins, dans son interview.
    Pourquoi Ibn Khaldoun est ignoré dans le monde musulman

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