« L’islamisme est l’expression de la pauvreté intellectuelle de nos sociétés » (Lahouari Addi)

Dans cet entretien, Lahouari Addi revient sur les limites intellectuelles du nationalisme radical et de l’islamisme, leur responsabilité dans la panne historique des pays du monde arabo-musulmans ainsi que sur la nécessité de refonder l’ordre culturel qui règne dans ces pays en redéfinissant leur rapport  à l’individu, à l’Autre, notamment l’Occident, à la religion  et aux instances de la modernité que sont la société, l’État de droit et le marché.

Dans votre dernier livre Le nationalisme arabe radical et l’islam politique. Produits contradictoires de la modernité (Barzakh, 2017), vous dites en gros que la démocratisation et le développement des pays arabes et musulmans sont restés otages d’une part, du populisme et, d’autre part, du nationalisme dans ces deux acceptions politique et culturelle (Radicalisme et islamisme). Dans cette équation, quel est l’élément le plus déterminant, l’Homme ou l’Histoire ? Autrement dit, est-ce que la panne historique des sociétés arabo-musulmanes est due aux limites intellectuelles des acteurs qui en sont issus ou aux conditions socio-historiques générales dans lesquelles se trouvent ces mêmes sociétés ?

Il n’y a pas d’un côté l’histoire et de l’autre l’homme. L’homme fait l’histoire dans des conditions culturelles héritées du passé et sous la pression des intérêts de groupe d’individus. Les idéologies se forment pour défendre les intérêts des groupes, mais ces idéologies ont besoin de connaissances intellectuelles pour être efficaces historiquement. Si nous mettons à part le conservatisme traditionnel des monarchies, le monde arabo-musulman a connu au cours du dernier siècle deux idéologies qui ont cherché à rattraper le retard sur l’Occident : le nationalisme arabe radical et l’islam politique. Mais ces deux idéologies sont liées à la culture politique ambiante qui est, pour des raisons historiques, populiste. Le populisme n’est pas la défense du peuple ; il est la dissolution de l’individu et de ses droits dans une image abstraite du peuple. Mais le populisme a été une nécessité idéologique dans le combat anticolonial. Après l’indépendance, il est devenu une ressource pour les régimes autoritaires. La question que vous posez a une portée profonde et me permet de souligner la faiblesse intellectuelle du nationalisme arabe radical et de l’islam politique. N’est-il pas surprenant que ni Michel Aflaq, l’idéologue du nationalisme arabe, ni Hassan el Banna, fondateur de l’organisation des Frères Musulmans, n’ont compris la nature de l’avance de l’Occident ? Si nous ne prenons pas conscience de la nature de notre retard, nous ne pourrions jamais nous développer. Michel Aflaq croyait qu’il suffisait d’être indépendants et de développer l’économie pour que le monde arabe ressuscite (baath) dans l’unité des empires du passé. Hassan al Banna, lui, croyait qu’il suffisait de revenir au vrai islam pour faire renaître la brillante civilisation musulmane qui s’étalait sur trois continents. Ce qu’il ignore, c’est que ce sont Ibn Hanbal et Ibn Taymiya, théologiens dont il se réclame, qui ont détruit la pensée dans la civilisation musulmane. Michel Aflaq et Hassan al Banna ne savaient pas en quoi consistait l’avance de l’Occident. Jusqu’aux 16èm-17èm siècles, l’Europe et l’islam partageaient la même métaphysique abrahamo-platonicienne qui avait structuré la culture médiévale autour de la Méditerranée. Avec les Lumières, la culture européenne a rompu avec l’essentialisme de Platon, et les  musulmans sont restés dans le paradigme néo-platonicien. L’expédition de Bonaparte en Egypte en 1798 a montré que l’Europe et le monde musulman n’appartenaient plus à la même temporalité intellectuelle. Et depuis le 19èm siècle, notre retard s’est approfondi, aggravé par la domination coloniale. Rappelez-vous ce que disait Malek Bennabi : si nous avons été colonisés, c’est parce que nous étions colonisables. Nous continuons aujourd’hui d’être colonisés par l’empire américain qui a pris le relais des anciennes puissances européennes.

« Le populisme n’est pas la défense du peuple ; il est la dissolution de l’individu et de ses droits dans une image abstraite du peuple. »

Le nationalisme arabe radical et le discours islamiste sont étrangers à la conscience historique des sociétés arabo-musulmanes, écrivez-vous. En Algérie, quels seraient les discours qui ont une configuration dans notre conscience historique ? Les courants politiques qui s’expriment aujourd’hui correspondent-ils à des réalités sociales et culturelles historiquement construites ?

Non, j’ai écrit que le nationalisme arabe et l’islam politique ne connaissent pas le concept de conscience historique. Pour ces deux idéologies, l’homme musulman n’est pas un sujet historique. C’est une essence éternelle. Le sujet est le groupe. Or, à la différence de l’individu, le groupe n’a pas de conscience ; il a des mythes. Le concept de conscience, que la culture médiévale ignore, est constitutif de la modernité. Nous pouvions attendre plus du nationalisme arabe radical sur le plan intellectuel que de l’islam politique. En réalité, ils montrent les mêmes limites idéologiques. Tous se focalisent sur la libération du groupe perçu comme communauté nationale par le premier et comme communauté religieuse par le second. Mais ils n’ont pas vu que le groupe est composé d’individus. Si le nationalisme arabe radical et l’islam politique ne reconnaissent pas les droits de l’Homme, c’est parce que pour eux, l’individu-citoyen est une abstraction. C’est pour cela que nous exprimons notre solidarité légitime pour les Palestiniens comme groupe opprimé et nous ne le faisons pas pour les Syriens assassinés par Bachar al Assad. Dans le premier cas, Israël touche à la communauté palestinienne, alors que dans le second Assad tue des individus. L’ordre politique de la modernité ne repose pas sur le groupe, mais sur l’individu dont la vie et les biens sont protégés par la loi.

« Si le nationalisme arabe radical et l’islam politique ne reconnaissent pas les droits de l’Homme, c’est parce que pour eux, l’individu-citoyen est une abstraction. »

Vous pointez du doigt les limites idéologiques de pratiquement tous les mouvements politiques qui ont marqué notre aire géographique durant les deux derniers siècles. Selon vous, quel est l’horizon historique auquel devraient tendre raisonnablement les mouvements politiques, notamment démocratiques, dans le monde arabo-musulman et,  particulièrement en Algérie ?

De mon point de vue, la culture dominante dans le monde musulman est une culture médiévale. Pour dépasser cette situation, il faut renforcer l’enseignement de la philosophie et des sciences sociales dans le système de l’éducation. La philosophie et les sciences sociales sont déterminantes dans l’élévation du niveau de la culture scientifique de la population. Elles aident à détruire les mythologies et les mystifications. Est-il étonnant que le monde arabe avec ses centaines d’universités n’a pas un seul philosophe de dimension internationale ? Pourtant dans le passé, notre culture a donné naissance à Al Farabi, Ibn Roshd, etc. C’est de la culture moderne que naissent les démocraties.

« La philosophie et les sciences sociales sont déterminantes dans l’élévation du niveau de la culture scientifique de la population. Elles aident à détruire les mythologies et les mystifications. »

En Algérie, certains citent Avril 80 comme moment fondateur et porteur de perspectives démocratiques, d’autres citent Octobre 88 en lui attribuant les vertus d’un moment fondateur dans  l’histoire de la démocratie en Algérie. Qu’en est-il selon vous ?

Avril 1980 a mis en lumière les limites du populisme unanimiste qui se construit sur la négation de la diversité sociologique et linguistique. Face à la domination coloniale, il fallait insister sur l’homogénéité de la société. Une fois l’indépendance acquise, cette tâche a perdu de sa pertinence et de sa réalité. L’Algérien n’est pas un être abstrait ; il est Oranais, Chaoui, Targui, Kabyle… avec les particularités locales. Avril 1980 a été une révolte du concret local contre l’abstrait national. Si cela s’est manifesté en Kabylie, c’est parce que là, la langue maternelle était niée. Octobre 1988 a été une révolte d’une autre nature. Les protestataires sentaient de façon confuse que l’Etat était coupé de la société et qu’il était entre les mains d’une caste préoccupée par ses intérêts. Pour s’en sortir, le régime a permis la critique du pouvoir formel et a mis le pouvoir réel sous protection. L’idée est que le président et les ministres sont responsables de la situation du pays mais pas ceux qui les désignent.

« Avril 1980 a été une révolte du concret local contre l’abstrait national. Si cela s’est manifesté en Kabylie, c’est parce que là, la langue maternelle était niée. »

Vous expliquez l’échec des mouvements politiques postcoloniaux par leur propension à nier le conflit social, à combattre le marché et à sous-estimer la dimension culturelle  du développement. On constate, aujourd’hui encore, que toute la classe politique algérienne, qu’elle soit dans l’opposition ou dans le pouvoir,  est dans ce schéma. Que faire, selon vous, pour briser ce consensus populiste qui empêche l’Histoire d’avancer ?

Le nationalisme arabe radical a été révolutionnaire dans le combat anticolonial avec Michel Aflaq, Nasser, Boumédiène, Assad… Mais son échec à construire la modernité s’explique par son opposition obsessionnelle à la formation d’une société civile. Les régimes de Nasser, Boumédiène… voulaient insérer le pays dans la modernité mais ils ne percevaient pas qu’ils combattaient la modernité en refusant le marché, la société civile et l’Etat de droit. Tout comme l’islamisme, le nationalisme arabe radical est une synthèse de culture médiévale et d’aspirations à la modernité.

Où est-ce que vous situez la responsabilité des hommes dans ce cas de figure ?

La responsabilité des hommes s’inscrit dans les conditions historiques qui sont les leurs. En Algérie, il y avait des hommes qui auraient pu moderniser le pays. Je pense à Ferhat Abbas, mais il n’avait pas de soutien populaire. Les élites de la révolution ont préféré suivre Ben Bella et Boumédiène dont le populisme était en rapport avec la culture dominante. Les masses populaires ne se reconnaissaient pas dans le programme de Ferhat Abbas. Les masses populaires sont actrices de l’histoire et pas toujours dans le bon sens.

Vous parlez d’une « bourgeoisie monétaire antilibérale et opposée à la démocratie » en Algérie et en Egypte notamment. Or, partout, c’est souvent la bourgeoisie qui pousse vers des ruptures pro-libérales. Qu’est-ce qui fait la particularité de la « bourgeoisie algérienne » ?

Si l’on se réfère à l’expérience de l’Europe, la bourgeoisie n’est pas seulement une classe qui a de l’argent, sinon quelle serait la différence avec l’aristocratie de la féodalité. La bourgeoisie est une classe sociale qui détient du capital qui crée des richesses en exploitant le travail. Elle a combattu en Europe le pouvoir féodal qui vivait de la rente foncière et a imposé des limites institutionnelles au pouvoir exécutif pour créer les conditions de la concurrence et de l’accumulation. Or, la bourgeoisie algérienne ne crée pas des richesses ; au contraire, sa richesse provient des pratiques spéculatives, aidée par un personnel d’Etat qu’elle corrompt pour avoir une part de la rente pétrolière. Dominée par les importateurs et les entrepreneurs de bâtiments qui vivent des demandes de l’Etat, la bourgeoisie algérienne n’aime ni la concurrence, ni l’autonomie de la justice et encore moins la démocratie. Evidemment le régime algérien préfère ce type de bourgeoisie parce qu’elle ne cherche pas à poser des limites institutionnelles au pouvoir exécutif. Elle obtient ce qu’elle veut par la corruption.

« Vers le post-islamisme ? » écrivez-vous. Les pays  de la région sont-ils condamnés à conjuguer leur avenir avec l’Islam ?

Vous semblez avoir peur de l’islam. Vous avez tort. Il faudrait avoir peur de l’interprétation médiévale de la religion, pas de la religion en soi. L’islamisme est l’interprétation médiévale de l’islam mélangée à des revendications légitimes face à des régimes autoritaires. Mais l’islamisme est condamné à évoluer comme c’est le cas avec le Wassat égyptien, Nahda en Tunisie ou l’AKP en Turquie. Le leader tunisien de la Nahda dit qu’il n’est pas islamiste mais démocrate musulman. Le premier ministre marocain Saad Othmani affirme que l’islam ne sépare pas politique et religion mais les distingue. Ce sont des évolutions notables. Il y aura dans le futur des partis islamistes ou musulmans qui rappelleront les partis chrétiens-démocrates de l’Europe. Il ne faut pas oublier que les islamistes, je veux dire les leaders, n’ont pas une connaissance de la riche tradition des débats dans l’islam classique. Si vous lisez Qutb ou Mawdudi, vous avez l’impression que ce sont des enfants de 15 ans qui commentent des versets du Coran. Ils présentent Dieu comme un être méchant prêt à punir, alors que tous les versets du Coran parlent d’un Dieu miséricordieux (rahim). Les islamistes appauvrissent spirituellement et intellectuellement l’islam, si on les compare à Al Ash’ari, Al Ghazali qui citaient Platon, Aristote, Pythagore… L’islamisme est l’expression de la pauvreté intellectuelle de nos sociétés.

Dans la dernière partie de votre livre, vous plaidez pour la non-diabolisation de l’Occidental par les Musulmans en expliquant que  les guerres et les conflits dans le monde sont dus au caractère belliqueux de l’Homme et non à la méchanceté des uns et la bonté des autres.  Un musulman cosmopolite est-il possible dans les conditions actuelles de  notre monde ?

Les élites nationalistes et islamistes ne connaissent pas l’Occident et le réduisent à un système de domination. Pour nous Algériens, nous réduisons souvent la France aux criminels Bugeaud et Bigeard. Mais la France c’est aussi Descartes, Montesquieu, Pasteur… C’est ce qu’avait essayé de dire Ferhat Abbas mais il n’a pas été écouté. L’Allemagne de Kant, qui affirmait que l’homme est une fin en soi et non un moyen, a donné naissance à Hitler, un monstre à forme humaine. Le Bien et le Mal font partie de l’anthropologie de l’homme. L’Occident, c’est la traite des esclaves, l’extermination des Indiens d’Amérique, les guerres coloniales, les première et deuxième guerres mondiales, etc. Mais c’est aussi l’Etat de droit, la liberté de conscience, la séparation des pouvoirs, Kant, Marx, Shakespeare, Rousseau, Zola, etc. Les pays musulmans, en tant que pays du Tiers Monde, ont un différend politique et non ontologique avec l’Occident. S’il faut avoir du mépris pour Donald Trump, qui incarne ce qu’il y a de plus égoïste et de plus laid dans l’homme, il faut avoir du respect pour Bernie Sanders soutenu par une grande partie de l’électorat américain. Sanders est un ami des peuples du Tiers Monde, et nos pays doivent établir des relations avec le courant humaniste qu’il représente pour établir un droit international fondé sur la justice et la paix.

Vous dédiez votre livre à Hocine Ait Ahmed et à Mohamed Benahmed, en disant qu’ils ont essayé à leur manière de surmonter les limites idéologiques du nationalisme populiste. Pouvez-vous nous en dire plus ? Ait Ahmed et Benahmed seraient-ils deux uniques acteurs à inscrire leur engagement politique dans cette perspective ?

Il y eu des leaders dans le mouvement national qui avaient le sens des perspectives historiques et qui savaient ce qu’est un Etat de droit. Parmi eux, je citerais Hocine Aït Ahmed et Mohamed Benahmed connu sous le nom de Commandant Moussa. J’ai eu la chance de les rencontrer plusieurs fois et de discuter avec eux. J’ai été épaté par leur culture et leur attachement à leur société. Quand je parlais avec Aït Ahmed, j’avais l’impression de discuter avec un collègue professeur d’université, tant ses connaissances en science politique, en sociologie, en histoire, en droit… étaient immenses. Et dire que ce monsieur est l’un des pères de l’ALN en sa qualité d’ancien responsable de l’OS. Son projet pour le pays était un Etat de droit, une culture sécularisée avec le respect pour l’islam, une économie développée et la dignité pour chaque Algérien quelle que soit sa condition. Quant au Commandant Moussa, c’est un nationaliste hors du commun. Il a été instituteur en 1939 dans la région d’Oran, et a démissionné parce qu’il ne supportait pas la façon dont était enseignée l’histoire de l’Algérie à l’école. Il avait une vaste culture classique allant de Sophocle à Chateaubriand en passant par Omar Khayyam. En 1961, il s’est désolidarisé de Boumédiène en 1961 à la suite du différend avec le GPRA. Je lui ai posé la question pourquoi il n’a pas suivi le colonel Boumédiène dont il était un des bras droits à l’Etat-Major ? Il m’a lancé un regard furieux en disant : « Nous 6 sommes des militaires et en tant que tels, nous obéissons aux autorités civiles légitimes. Et le GPRA était l’institution légale détenant sa légitimité du CNRA ». Pour donner une telle réponse, il faut avoir une culture moderne que ni Boumédiène ni Ben Bella ne possédaient. L’Algérie a raté l’opportunité de se développer et de se moderniser avec des hommes comme Ferhat Abbas, Aït Ahmed, Commandant Moussa… qui offraient une vision pour surmonter les obstacles idéologiques du nationalisme arabe radical. Il faut maintenir vivantes leurs pensées qui instruiront les générations futures.

8 commentaires sur “« L’islamisme est l’expression de la pauvreté intellectuelle de nos sociétés » (Lahouari Addi)

  1. Dans cet interview, Lahouari Addi ne remet nullement en cause les dérives mortelles du marché (ou plutôt du MONOTHÉISME du marché, vu son caractère global), qui est une religion, tyrannique et omnipotente comme l’histoire humaine n’en a jamais connu. C comme si idéologie, qui a pondu la « démocratie », était la finalité ultime de l’homme et « étalon de mesure » de tout autre idéologie!
    Pour ce qui est « droits de l’homme », fierté de la « démocratie » et gage de supériorité suprême de l’occident, il suffit de voir la condition des « minorités » culturelles en occident pour constater que cette supériorité idéologique, qui promeut les droits de l’individu sur celui du groupe etc… Et toute la panoplie droit de l’hommesque, n’admet de différence culturelle que réduite à l’état de folklore.
    Enfin, nous aurions aimé que l’auteur nous explique ce qu’il entend par « nationalisme radical » !?!

  2. Pour examiner la vérité, il est besoin une fois dans sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu’il se peut (René Descartes)
    La Chine vient de démontrer à l’occident qu’en 50 ans, on peut se Développer sans coloniser, piller ou déstabiliser d’autres pays ?
    Quand on lit Jacques Attali, qui se prend pour une espèce de « nouveaux prophètes », de ce qu’on pourrait appeler l’ère post- moderne, tout comme Fukuyama et la fin de l’histoire, on se rend compte que ces gens se veulent plus comme des gens qui lisent l’avenir comme furent les prophètes d’antan, que comme des philosophes ou des sociologues, qui eux ne sont pas guidés par des penchants politiques, mais plutôt par une lecture objective, rationnelle et raisonnable de la réalité.
    Ainsi et si le professeur Edgar Morin analyse la crise sanitaire du covid19, comme étant « une crise qui nous montre que la mondialisation est une interdépendance sans solidarité »
    Dans le sens ou « Le mouvement de globalisation a certes produit l’unification techno-économique de la planète, mais il n’a pas fait progresser la compréhension entre les peuples. Depuis le début de la globalisation, dans les années 1990, guerres et crises financières ont sévi. Les périls planétaires – écologie, armes nucléaires, économie déréglée – ont créé une communauté de destin pour les humains, mais ceux-ci n’en ont pas pris conscience. Le virus éclaire aujourd’hui de manière immédiate et tragique cette communauté de destin. En prendrons-nous enfin conscience ? Faute de solidarité internationale et d’organismes communs pour prendre des mesures à l’échelle de la pandémie, on assiste à la fermeture égoïste des nations sur elles-mêmes »
    Jacques Attali lui préfère nous parler de la « foi » et de ce qu’il appelle « les fondements idéologiques de l’autorité », dans la mesure où si les mécanismes occidentaux mis en place pour gérer le partage des ressources rares, à savoir le marché et la démocratie, s’effondrent « on pourrait voir se mettre en place non seulement des régimes autoritaires de surveillance utilisant très efficacement les technologies de l’intelligence artificielle, mais aussi des régimes autoritaires de répartition des ressources. »
    Pour bien comprendre à quoi il fait allusion, il faut savoir que Depuis un long moment déjà, le monde connait une déficience en matière de leadership pour mieux gérer les affaires du monde, cette déficience s’est accentuée avec la chute de l’URSS et l’émergence de la Chine comme acteur de premier plan sur la scène mondiale.
    Il faut dire que la Chine, avec sa croissance actuelle qui tourne autour de 6%, quand elle fait un pas en avant, les états unis avec leur croissance à 2%, eux se voient reculer de deux pas en arrière, une situation peu reluisante pour une nation qui a l’ambition de gouverner le monde dans une vision unipolaire (sans partage) ?
    Mais il y a aussi l’émergence de ce que le américains appelle « le danger vert », c’est-à-dire l’éveil des nations musulmanes.
    Il est quand même surprenant, incompréhensible, et même absurde, de voir qu’au moment où France Culture, cette chaine radiophonique française, dédiée à la culture et à la diffusion du vrai savoir, c’est à dire débarrassé du « politique », commémore et célèbre ce qu’elle appelle : l’ »humanisme arabe », certains de nos intellectuels d’expression française, qui appartiennent à l’Algérie du centre notamment, continuent à développer des idées fortement politisées, qui vont dans le sens du dénigrement arbitraire et gratuit de tout ce qui a trait aux arabes et aux musulmans ?
    Dans son livre intitulé Le terrorisme intellectuel De 1945 à nos jours, paru en 2004 aux éditions Perrin, Jean Sévillia nous parle des nations qui créent les idées pour être exportés comme une marchandise, aux quatre coins du monde, et de ce fait, nous auront d’un côté les créateurs ou les fabriquant des idées, et de l’autre côté les consommateurs de ces idées , avec toutefois ce dilemme persistant, qui veut que les idées ne doivent pas être appréhendées comme une vulgaire marchandise, mais plutôt comme un acte noble qui se doit d’être enrichi.
    Ainsi, et à propos de La France, il va dire 🙁 la France dit-on, est le pays de la liberté. Dans le domaine des idées, cela reste à démontrer. Car tout se passe comme si un petit milieu détenait les clés de la vérité. Et ceux qui contestent son monopole sont victimes d’une censure insidieuse, qui les réduit au silence. Sur la scène politique, culturelle et médiatique, ce terrorisme intellectuel s’exerce depuis cinquante ans. En 1950, les élites exaltaient le paradis soviétique et chantaient la louange de Staline. En 1960, elles assuraient que la décolonisation suffirait à garantir le bonheur des peuples d’outremer. En 1965, elles s’enflammaient pour Fidel Castro, Hô Chi Minh ou Mao. En mai 1968, elles rêvaient de libérer l’individu de toute contrainte sociale. En 1975, Elles saluaient la victoire des communistes en Indochine. En 1981, elles croyaient quitter la nuit pour entrer dans la lumière. En 1985, elles proclamaient que la France devait accueillir les déshérités de la terre entière. Dans les années 1990, l’idéologie libertaire et l’ultralibéralisme se rejoignaient pour affirmer que le temps des nations, des familles et des religions était terminé. Pendant cinquante ans, les esprits réfractaires à ces positions ont été victimes du terrorisme intellectuel, car ils ont été traités de réactionnaires, de fascistes, de capitalistes, d’impérialistes, de colonialistes, de racistes, de xénophobes, d’obscurantistes ou de partisans de l’ordre moral. Le terrorisme intellectuel est une mécanique totalitaire. Pratiquant l’amalgame, le procès d’intention et la chasse aux sorcières, il fait obstacle à tout vrai débat sur les questions essentielles.)
    Il faut dire, qu’à l’autre rive de la méditerranée, chez nous en Algérie en particulier et au Maghreb d’une manière générale, et pour des raisons tout à fait objectives, allant de la proximité géographique à la proximité linguistique, il se trouve que nous sommes les plus grand consommateurs des idées qui nous viennent de la France, c’est un fait incontestable ne serait-ce que pour une partie importante de l’intelligentsia algérienne et maghrébine.
    Il faut dire aussi, que l’autre partie de l’intelligentsia algérienne et maghrébine, est plutôt influencée, pour des raisons tout aussi objectives allant de l’histoire à la géographie, par les idées qui nous viennent de l’orient musulman.
    Ainsi, et quand on voit les choses de plus près, on va découvrir que les influences des uns et des autres, sont tout à fait naturelles et légitimes, mais malheureusement et à la différence de nos voisins Tunisiens et Marocains, ou il y a quand même, une certaine réconciliation et presque un terrain d’entente entre les deux courants de pensées, chez nous en Algérie c’est plutôt la guerre et l’anéantissement réciproque ?
    Dans cet ordre d’idées, J’avoue avoir toujours eu un faible pour ne pas dire une fascination, pour Hannah Arendt, cette politologue et philosophe allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l’histoire.
    Il faut dire que l’élite allemande est une élite de réflexion par excellence, une réflexion qui a fait du peuple allemand le « peuple le plus cultivé de l’Europe ».
    Dans une de ses citations-réflexions qui reste d’actualité j’jusqu’à nos jours, Hannah Arendt disait ceci : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais plutôt que personne ne croit plus rien. Ainsi, un peuple qui ne peut plus rien croire, ne peut plus se faire une opinion, et il va se retrouver privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi et surtout de sa capacité de penser et de juger, et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez ».
    Aussi, pour Hannah Arendt, le mot totalitarisme exprime l’idée que la dictature ne s’exerce pas uniquement dans la sphère politique, mais dans toutes les sphères, y compris les sphères privées et intimes, quadrillant toute la société et tout le territoire.
    Cela dit, il me semble que chez nous en Algérie, comme partout ailleurs dans ce vaste monde dit arabe, nous n’avons pas encore compris que le phénomène de la dictature, du totalitarisme, voir même du fascisme, n’est pas seulement lié au fait politique, mais aussi, au fait culturel, artistique, médiatique, religieux et même familiale, dans le sens ou les comportements de tout un chacun, expriment au plus profond de nous-mêmes, nos penchants, soit vers l’ouverture, le respect de l’autre, le vivre ensemble, l’humanisme dans toute sa splendeur, soit vers la fermeture sur soi- même, l’exclusion, le refus de l’autre, les sociétés closes, le communautarisme, avec tous les risques de dérapages, comme ce fut le cas avec l’hitlérisme Nazi.
    La culture est un mot qui désigne alors l’ensemble des savoirs, des croyances, des institutions, des pratiques et des valeurs qui règnent dans une société, c’est-à-dire aussi bien dans un milieu social que dans tout un peuple. C’est le mode de vie et de pensée qui caractérise une société.
    En favorisant l’éveil aux richesses que chaque milieu et que chaque individu possède, la culture « établit un trait d’union entre les autres et soi-même » ; elle permet de communiquer, elle est rencontre de l’autre. La culture permet à l’homme de s’élever au-dessus de lui-même.
    Ainsi, la culture devient l’Élément vital d’une société dynamique, la culture s’exprime dans la manière de raconter nos histoires, de fêter, de nous rappeler le passé, de nous divertir et d’imaginer l’avenir. Notre expression créative nous aide à nous définir et à voir le monde au travers des yeux des autres.
    A l’opposer de la culture on retrouve l’ignorance, qui n’est autre qu’un décalage entre la réalité et notre perception de cette réalité, un décalage qui est la conséquence, d’une croyance, d’un préjugé, d’une illusion, ou d’un fait avéré de ne pas savoir, mais il faut admettre tout de même, que les préjugés, les illusions…, sont souvent les produits de « l’endoctrinement », c’est-à-dire de l’absence de l’esprit critique.
    Est-il nécessaire et pertinent de rappeler, que d’après les études anthropologiques, on apprend que, « le fait religieux » a contribué fortement et incontestablement à la rationalisation de l’esprit et de la pensée humaine.
    Ainsi, et s’il est vrai et admis que les saintes écritures ne constituent nullement la seule et unique source du savoir dans la tradition et l’histoire du monde chrétien, après l’émergence de la philosophie des lumières en occident au XVIIe et XVIIIe siècle, il n’en demeure pas moins vrai, que dans la tradition musulmane, il n’est nullement dit que le saint Coran et la seule et unique source du savoir, dans le sens ou le Coran nous incite à acquérir le savoir en parcourant la terre : « Parcourez la terre et voyez comment Il a commencé la création. Puis comment Allah crée la génération ultime. Car Allah est Omnipotent ». Ce qui veut dire en d’autres termes, que l’histoire de l’éveil occidental (avec les lumières) dans son sens politique, ne peut pas et ne doit pas s’appliquer textuellement au monde musulman, c’est d’une contradiction épistémologique fondamentale, ou le politique prend le dessus sur le Savoir.

    1. Il est tout de même curieux, bizarre, de voir qu’au moment où les plus grands penseurs, philosophes, sociologues, politologues… du monde occidental sont dans l’incertitude, nos intellectuels semblent suffisants, trop sur d’eux-mêmes, alors qu’ils appartiennent à une société qu’ils qualifient eux-mêmes de : « intellectuellement pauvre » ? D’où est ce qu’ils tiennent cette certitude et cette suffisance, cette arrogance, cette satisfaction de soi-même ?

  3. Je suis déçu par Mr Addi, sociologue respectable par ailleurs, son article n’est qu’une propagande pour le nouvel ordre mondial pseudo-liberal et pseudo-droits de l’hommiste. Je dis pseudo, car il n’est libéral que dans ses propres intérêts et il ne respecte les droits de l’homme, que si cet homme est riche et puissant. Mr Addi critique avec suffisance des sommités morales et intellectuelles comme Ibn Hanbal et Ibn Taymia, pour nous livrer pieds et mains liés aux pires crapules que sont les Rotshild, Rockfeller, Attali et consorts…Non Mr Addi ont résistera jusqu’au bout avec les valeurs « arriérés » et « barbares » inspirées de notre religion et de nos traditions…

  4. « Vous semblez avoir peur de l’islam. Vous avez tort. Il faudrait avoir peur de l’interprétation médiévale de la religion, pas de la religion en soi ». Jusqu’á la lecture de cette phrase tout allait pour le mieux ! Mr Addi fait semblant d’ignorer – et c’est bien dommage – qu’il pourrait y avoir un islam sans islamisme. La « belle » religion n’a jamais pu survivre à son prophete. Et la  » pensée médiévale » est toujours présente.

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