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« Pour Mohamed Belhalfaoui, el melhoun, c’est ça la vraie poésie » (Houaria Bensetti)

Madame Bensetti Houaria est professeur-formateur d’enseignants de français à Oran, actuellement retraitée. Les Bensetti sont une grande famille de souche oranaise, descendants du Saint patron de la ville Sidi El Houari. Mais Houaria est également la nièce de Mohamed Belhalfaoui. Son lien de parenté avec ce chantre de la poésie d’expression populaire, lui a permis d’approcher l’homme et l’œuvre durant de longues années. Elle a accepté de partager avec nous quelques unes des lueurs de ces moments tout en scintillements.

Votre mère est une Belhalfaoui, la sœur de Mohamed qui est l’auteur de l’ouvrage de référence La poésie arabe maghrébine d’expression populaire. Pouvez-nous restituer l’atmosphère familiale dans laquelle a évolué votre oncle et qu’est ce qui a pu le pousser a embrasser et ensuite a consacrer sa vie entière à la poésie algérienne  communément appelée ch’ir el melhoun ?

Mon oncle, Mohamed Belhalfaoui, est né au 14 rue Boufarik, à Mdina Jdida, un premier mai 1912. Il a grandi à l’impasse Bendaoud, 51 Av général Céres, au sein d’une famille modeste et digne qui forçait le respect en ville nouvelle.

Son père était taleb nourri au coran et aux traditions musulmanes. La profession de taleb ne suffisant pas à nourrir la famille, il ouvrit un commerce de brocante et quand il avait un moment… il prenait son rbab et se grisait de divines poésies de Lakhdar Benkhlouf ou d’Abdelaziz el Maghraoui.

Ce taleb avait également une grande passion pour les chants bédouins religieux et profanes.

Son frère aîné Belazreg, amateur de musique andalouse, avait fait la Médersa de Tlemcen puis avait été nommé officier supérieur chargé des affaires indigènes à Oran en 1920. C’est lui qui confiera au jeune Mohamed les 2 cahiers familiaux du père contenant 80 poèmes appartenant à des genres variés et dont certains ont été chantés.

La maman Zohra avait ramené de son Khalwiya natal (Sonis, près de Mascara) tout un répertoire oral de contes, de légendes, de chants narratifs qui inspireront plus tard le jeune Mohamed.

Le jeune Hamani aimait écouter sa maman chanter et elle chantait tout en cuisinant et en battant la mesure avec son couteau…Et comme la maman chantait comme elle respirait, l’enfant n’était jamais déçu.

Une sœur aînée, Aîcha, (en réalité sa mère adoptive qu’il appelait Mâa Aîcha) avait épousé en troisième noces le cheikh Ben Hmida, un chanteur bédouin, dit le lion rugissant, à cause de sa voix de stentor et qui avait une grande connaissance des chants bédouins de l’Oranie. Cette union se termine par un divorce et Aîcha retourne au cocon familial mais avec tout le répertoire du cheikh qu’elle avait fini par connaître elle aussi et qu’elle apprendra à ses deux enfants adoptifs : Mohamed et Fatima.

Saadia, une autre sœur de Mohamed, épouse de Si Lakhal Ouachem- Mehadji, une autre soie des talebs, grand connaisseur de Benkhlouf  et qui venait  avec les siens enrichir  la veillée familiale de son gendre Si Belkacem Belhalfaoui. C’est au cours de ces veillées où on écoute les Mille et une nuits, où on récite

La borda et  où on  chante des hymnes au prophète, des chants narratifs, des chants  d’amour et parfois même des chants bachiques qu’a grandi le jeune Mohamed. La tradition veut même que le jeune Elhachemi exécute une danse endiablée sur ce rythme : Dir el Aaqar ya saqi w- sqinî (le doux nectar, sers-le nous, ami).

On comprend mieux alors pourquoi il consacrera plus tard sa vie entière à la poésie populaire appelée ch’ir el melhoun.

Comme je l’ai dit plus haut, le frère aîné meurt brutalement et confie au cadet les  deux cahiers familiaux qui lui serviront plus tard de matériaux à la rédaction de sa thèse dont les 12 chants que vous avez déjà cités dans un article paru dans La Voix de l’Oranie et que vous lui avez consacré.

Lire aussi: Mohamed Belhalfaoui, un éclat de vers réfractaires

Il y a, bien évidemment et tout naturellement,  le décor dans lequel il a grandi : la légendaire impasse portant l’appellation de  Khouchet Bendaoud  qui se trouve à Mdina jdida (impasse où a  également grandi le dramaturge Abdelkader Alloula). Il y aussi l’atmosphère de l’école indigène, de la Tahtaha qu’il traversait chaque fois qu’il allait à l’école… La Tahtaha, avec ses cafés maures et leurs phonographes aux pavillons porte-voix immenses d’où s’échappaient des airs bédouins ou orientaux… La Tahtaha, avec ses charmeurs de serpents, ses acrobates marocains, ses conteurs, ses hableurs ses gouals, sa halka, la Beît Mhala de Sidi Qada Mokhtar et ses musiciens noirs de Karkabou officiant parfois au sein même de l’impasse Bendaoud…

Toute cette atmosphère sera racontée plus tard dans un essai autobiographique Victoire assurée, publié chez la Sned et Publisud en 1983.

Comment a débuté sa scolarisation et son rapport aux études, et de façon plus générale aux textes écrits et oraux ?

À six ans, il est scolarisé à l’école primaire indigène à Mdinet el hdar : l’école primaire Pasteur, toute proche, était, à cette époque réservée aux petits Français. En 1927, il entre au lycée Ardaillon qui venait d’être inauguré dans le cadre des préparatifs du Centenaire. ²

En 1930, il entre à l’Ecole normale de Bouzaréah. Il y passe trois années durant lesquelles il était frappé par la discrimination en dépit de la suppression de la section indigène. Il racontait souvent cette anecdote. Un de ses amis reprochait à un postier européen le tutoiement alors que ce dernier venait de vouvoyer la personne précédente… La réponse du préposé fut : « Je te dirai vous lorsque tu porteras un chapeau ! ».

Un défi difficile à relever à une époque où même chez les Européens le chapeau distinguait socialement… Ces normaliens de 1930 ont décidé d’afficher fièrement leur singularité en portant la chéchia, leur chapeau identitaire…à la poste et au sein même de l’auguste enceinte de La Bouzaréah, où ce geste fut perçu comme une provocation. Une rébellion naturelle chez lui contre les vexations, les humiliations de toutes sortes.

Une rébellion qu’il retrouvait dans de nombreux textes d’expression populaire comme celui du cheikh Bel Abbes de Mazouna : « Men blad elhana l’el Aezz  nerhal Aam » (du pays où on vous méprise vers un autre où on vous respecte ; je m’en irai et à un an de marche)…

Quels sont ses premiers rapports avec les textes anciens et les qacidate populaire du Ch’îr el Malhoun notamment ?

Des cahiers ont été transmis de père en fils, et qu’il a beaucoup exploités. D’abord par ce qu’il avait montré des inclinations précoces pour ce type de poésie et parce qu’il avait choisi de l’approfondir.

Une passion pour ces textes anciens qui s’est forgée et qui s’est objectivée au fil du temps.

Deux ans avant de mourir, il remet à  sa fille aîné, Zohra Belhalfaoui épouse Dahmani,  un des deux cahiers et remet à Aicha la cadette le second cahier. Aîcha Belhalfaoui publiera, sous le pseudo de Nina hayet, un magnifique livre-hommage à son père L’indigène aux semelles de vents.

En confiant ces cahiers à ses filles, il leur dit : « Ces cahiers ont une longue histoire. Certains chants ont plusieurs siècles ! Veillez sur eux comme à la prunelle de vos yeux ! Ce bout de patrimoine, il faudra le faire découvrir aux Algériens dépossédés de leur culture… ».

Que reste t-il à présent des travaux de Mohamed Belhelfaoui ?

Les travaux publiés  de Mohamed Belhalfaoui sont : La poésie arabe d’expression populaire, publié par François Maspéro en 1973 puis une réédition en 2004 par les Ed Tirésias ; Victoire assurée, un receuil de souvenirs-témoignages sur 0ran de l’entre deux guerres paru aux éditions Publisud en 1983 et réédité par l’Enag en 2009 ; « Kheîra Essebsâjiya, poétesse de Mostaganem », une communication à une table ronde dont les actes ont été publiés par l’OPU en 1979 (Il s’agit d’un portrait d’une meddaha-poétesse suivi de quelques unes de ses productions). Il a également publié à compte d’auteur une quinzaine de revues culturelles, ses « samisdats », difficilement sous le titre Chants et contes d’Orient et d’Occident. On a ainsi pu découvrir de vrais trésors cachés grâce à sa modeste maison d’édition appelée « le théâtre universel  ». Ceci dit, beaucoup de ses travaux restent non encore publiés : Sa thèse de doctorat d’état : « La poésie arabe algérienne d’expression dialectale. Du XVI siècle à nos jours. Sa langue, ses thèmes, ses chefs d’œuvre, ses grands auteurs. Une production classique, une relève » ; quatorze contes populaires en arabe algérien et leur traduction française.

Des pièces du théâtre universel traduites en arabe algérien et dont certaines ont été montées et jouées à Alger en octobre 1954 : Don Juan de Molière,  L’exception et la règle  de Bertolt Brecht, traduite en arabe algérien et jouée à Sétif en 1966… Les tisserands de Gerhart Hauptmann, qui a fait elle l’objet de lectures-interprétations à Mostaganem, Oran …Des pièces montées à Madrasset El fellah à Oran dans les années 40 comme  Bilal, compagnon du prophète, traduite de l’arabe classique, et Le dernier des Abencerages, traduite du français…

De  quels contes s’agit-il ?

Des contes populaires connus et d’autres moins connus. Parmi les plus connus et qui ont balisé notre mémoire enfantine, il y a les éternelles Azza et Maazouza, Loundja, Khenifssa lallat Nsa, Hdidouane, Zajiya, Habra we Sb’a, Baba Guermez… Ces contes, il les a racontés partout où il passait… à Oran, Tiaret, Sétif… En France, en Allemagne, au Canada.

Comment expliquer la discrétion qui entoure les travaux de votre oncle à Oran, bien que beaucoup de monde s’en inspire ?

Parmi les personnes qui l’ont connu à Oran, beaucoup ne sont plus de ce monde. Son premier exil en France date de 1949… Je rappelle que ce n’est pas de gaîté de cœur qu’il a quitté son pays natal mais à la suite de ses démêlés avec l’administration coloniale. Il a été emprisonné 3 mois à Mascara pour activités anti-françaises et radié des cadres de l’enseignement pendant 5 ans. C’est sous la bannière des Oulémas qu’il a commencé à militer avant sa conversion quelques années plus tard au communisme

À ce propos, je voudrais évoquer la contribution de M. Belkacem Hadjail, Inspecteur de l’Enseignement Secondaire à Mascara et auteur de nombreux ouvrages dont un consacré au syndicalisme en Algérie où il lui rend un vibrant hommage en rappelant ses activités militantes et son arrestation à Mascara.

Les travaux de mon oncle sont méconnus du grand public mais de nombreux universitaires s’en inspirent et d’autres ont contribué à le faire connaître.  M. Ahmed Amine Dellaî, chercheur au Crasc d’ Oran, un peu son fils spirituel, lui rend souvent hommage : son premier guide bibliographique du melhoun de 1996 lui est dédié « À mon Maître : feu Mohamed Belhalfaoui ». Il consacre également le Turath N°15 de 2006, dirigé par M. Hadj Méliani, à la publication de larges extraits de sa thèse de doctorat… Dans le dictionnaire bibliographique du melhoun de 2018, tome 1, il rappelle tous ses travaux.

De son vivant, il était souvent sollicité par des universitaires qui s’intéressent au patrimoine. Je pense notamment à la défunte Zoubida Hagani qui avait organisé un colloque en 1984 sous l’intitulé : « Oranité et Oralité en écriture ». Invité, il a charmé l’auditoire avec sa chanson fétiche « Biya daq el mor » (la vie m’a beaucoup peiné) et un chant sur la mort de Lakhdar Benkhlouf : « Aftakri lîlet el qbar kîf etouâsi, hâî nefsi, toubi la tendmi ghda » (pense à la nuit du tombeau, ô mon âme, pour n’avoir pas à le regretter demain).

Un texte sur la mort mais, lu par lui, n’avait rien de mortifère. Il savait charger les qacidate d’une émotivité vivante. Il répétait souvent qu’entre la langue de Benkhlouf qui a vécu plusieurs siècles auparavant et celle que nous parlons, à présent, il n’y avait pas de différence.  

Comment se prolonge présentement l’œuvre de Mohamed Belhalfaoui ?

Par ses enfants essentiellement. D’abord Hamou Belhalfaoui, le poète de la famille avec un premier prix de poésie à 19 ans pour Soleil vertical.  Il a repris par la suite le flambeau pour perpétuer la tradition familiale en publiant chez l’Harmattan, en 1996 Les contes au petits frère, des contes, racontés par le père qui les a lui-même entendus de sa mère… Et la grand-mère Zohra commençait justement ses contes par cette formule : « Ya khouya, ma kharaftek ou ma kharaftek » (O petit frère !! L’histoire que je vais te raconter…)

Enseignant à Paris, il sillonnera les villes de France pour faire connaître ses contes du terroir et d’autres « contes pour de rire et pour de vrai » de sa propre création. Il décédera en 2018 à l’âge de 74 ans.

L’œuvre de Belhalfaoui se prolonge aussi par sa fille, Aîcha Belhalfaoui alias Nina Hayet, journaliste à la chaîne 3 d’Alger, qui laisse un livre-hommage à son père, L’indigène aux semelles de vent, où elle retrace son parcours. Elle a choisi le pseudo de Nina  Hayet pour rendre hommage à sa maman Yamina Chakouri dites Nina et Hayat afin de symboliser la vie pour un ouvrage  écrit en plein décennie noire …

Elle raconte toutes les étapes de sa turbulente vie depuis les dédales de Khouchet Bendaoud, à sa vie en France comme enseignant dans de prestigieux lycées parisiens,  la maladie et la mort de  Nina, son épouse, à l’âge  de 41 ans. Elle retrace aussi leur départ précipité en Allemagne en 1958 suite à une convocation de la préfecture de Police de Paris… Elle relate leur nouvelle vie en RDA, leurs nouveaux amis, Barbara, la nouvelle épouse de son père. En Allemagne, M. Belhalfaoui enseignait l’arabe à l’université d’Humboldt.  

En 1963, c’est le retour triomphal au pays natal suivi d’un vif désenchantement… Avec des titres ronflants, il s’est retrouvé marginalisé et sommé de toucher son salaire et de se faire oublier. « Ibat fi mya ou yesbah fi fares » (la nuit, il galope  parmi 100 cavaliers ; et le matin il se retrouve seul) un proverbe de sa mère Zohra pour illustrer son amertume.

Bien entendu, elle évoque ses multiples passions : pour la pédagogie d’abord étant donné qu’il a enseigné dix ans à la campagne, dans les villages les plus reculés, et c’est là que s’est forgé  sa conscience révolutionnaire… Ensuite, elle évoque sa passion pour le théâtre. « Un fou de théâtre, » disait son compagnon Abdelkader Maachou en se rappelant des pièces théâtrales montées et jouées à Madrasset el Fellah dans les années quarante.

Elle évoque enfin la passion pour laquelle il a consacrée toute sa vie : le melhoun. À ce sujet, elle écrit : « Je ne sais de quelle souffrance venait ton amour pour ces chants de là-bas. Ils ont été pour toi et tes amis aussi indispensables que  le boire, le manger et l’air que vous respirez. Pour toi, ils le furent plus que pour d’autres, car tu avais, enfant, baigné dans leur univers, et avais repris à l’âge adulte, le flambeau. Tu les qualifiais de bijoux, de joyaux, de précieux héritages, car certains remontent… allez savoir à quand ! »

Un père mort en France, à Paris, un 6 mars 1993, entouré des siens…  Et des cendres dispersées à sa demande sur la terrasse du Mont-Valérien… Et un air du terroir pour accompagner ce grand départ, « Biya daq el mor » (la vie m’a beaucoup peiné). Nina Hayat est décédée le 16 septembre 2005 à Paris. Elle avait 56 ans. Je tiens à la remercier ici pour le bel hommage qu’elle a rendu à son père.

Quels sont les souvenirs qui restent vivaces dans la tête de la petite nièce de Belhalfaoui ?

D’abord un proverbe qu’il met en épigraphe dans sa thèse et qu’il nous répétait souvent : « Ellî mâ ‘arfekch khasrek » (celui qui t’ignore te perd).

Ce qui me reste, ce sont les années où il nous faisait de fréquentes visites, de 1970 à la fin des années 80… Quand il arrivait de Paris,  il aimait recréer avec nous l’atmosphère familiale de son enfance… il nous parlait d’Oran de sa jeunesse à Mdina Jdida… de la culture à Oran dans l’entre-deux-guerres… Des chioukhs arabes qui, parfois, descendaient chanter au quartier Derb chez cheikh Saoud, de la prestation du berrah  juif, «fi khater el ‘arab wel houd ; fi khater el arab wel houd ». 

Parfois, ils chantaient en duo avec ma maman. Le chant narratif de la vertueuse Setti et sa rencontre avec Sidi Abdelkader revenait souvent. C’était un conteur doublé d’un comédien avec un humour bien à lui.

Je me rappelle aussi de sa première arrivée à Oran en 1963 après une longue absence. Il arrive à l’improviste et me trouve en train de danser sur un air à la mode « Let’s twist again »… Il enlève mon microsillon et en met un autre… Puis j’entends une mélodie à mille lieux du twist again… « Ya weld eddounane ! Weld enniliya ! El khadem ya bouya… » (Fils du ramier roucouleur et de la colombe bleue indigo… Cette beauté seigneur mon père !) Un texte bédouin de Mnawar Belfodêl chanté par cheikh Hamada puis il me dit : « Ecoute ma fille… Ça, c’est de la poésie ; ça, c’est de la vraie poésie ». Ça m’a vraiment marqué et, depuis cette date, j’ai commencé à m’intéresser à la poésie populaire.

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2 commentaires

  1. « À ce propos, je voudrais évoquer la contribution de M. Belkacem Hadjail, Inspecteur de l’Enseignement Secondaire à Mascara et auteur de nombreux ouvrages dont un consacré au syndicalisme en Algérie où il lui rend un vibrant hommage en rappelant ses activités militantes et son arrestation à Mascara. »
    PRECISIONS:
    1/ Inspecteur d’Education et de Formation, administration des collèges
    2/ dont un consacré au SCOUTISME.

    Merci Madame Bensetti pour cet excellent article

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