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Borges et l’infini…

Il y a quelques jours, on célébrait le 34ème anniversaire de la mort d’un des plus grands écrivains argentins, un auteur qui créa tout un monde, un univers de fiction, et une éternité de possibles: Jorge Luis Borges (1899-1986).

Les énigmes du temps et de l’infini sont deux éléments récurrents dans l’œuvre de Borges au côté de notions comme le labyrinthe, les miroirs, l’espace, le destin, le hasard, la bibliothèque, les dieux, la vie, la mort ou l’impossible ; ces éléments constituent la plupart de ses remarquables récits: El Aleph, une de ses œuvres les plus représentatives, dans un recueil de 18 nouvelles, au titre éponyme de 1949, El jardín de senderos que se bifurcan et la biblioteca de Babel, tous deux publiés dans son œuvre magistrale Ficciones en 1944, etc.

Il est important de signaler que, malgré son immense héritage littéraire, Borges n’a jamais publié de roman: il considérait une perte de temps, un égarement littéraire, un délire laborieux le fait de s’étendre sur 500 pages pour une idée qu’une parfaite exposition orale peut se faire en quelques minutes. Il a édifié pourtant de vastes univers multidimensionnels condensés dans la concentration parfaite de la nouvelle.

Chaque récit de Borges s’articule comme un kaléidoscope truffé d’intertextualités, de métalinguismes, d’éléments multiréférentiels et surtout ce que j’appellerais des hybridations temporels où chaque fragment textuel établit une relation manifeste ou tacite avec des textes antérieurs ou imaginaires, et qui parviennent à tisser entre eux la métaphysique et la philosophie comme interrogation et étonnement, l’intrigue policière en tant que moteur narratif, la trame historico-géographique comme référence, ainsi que le récit fantastique comme unique approximation possible à la vérité.

Ainsi, chaque nouvelle de Borges se déplie et se replie comme un jeu de matriochkas ou un origami de sculptures multiformes de papier qui se découvrent peu à peu au lecteur dans des lectures successives et circulaires.

En ce sens, Borges est sans conteste, peut-être, le premier grand écrivain post-moderne qui s’est frotté et a anticipé une lecture hypertextuelle et simultanée qui caractérise les formes de consommation contemporaines, bien que, paradoxalement, son réseau complexe de relations et de pensée n’est pas dispersée, mais tend toujours vers une tentative personnelle de déchiffrer l’infini, ou tout au moins essayer de l’expliquer.

« Les métaphysiques de Tlön ne cherchent pas la vérité, ni même la vraisemblance: ils recherchent l’étonnement », nous raconte sa nouvelle Tlön dans Ficciones.

Si l’une des vocations de la littérature est la recherche de l’infini, une aspiration ultime à recréer un univers total et totalisant, aucun écrivain n’a autant mesuré le chaos du cosmos et conjuré le temps dans une éternité de possibles comme Jorge Luis Borges, l’un des écrivains les plus érudits, les plus nécessaires et les plus provocateurs de la littérature universelle du XXème siècle.

Un des rares auteurs qui a pu et su ouvrir les portes, les fissures et les scissions du temps et a pu cristalliser l’infini dans « l’ineffable centre du récit (…) où commence ma désespérance  en tant qu’écrivain ».

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