De l’éducation au radotage à la gouvernance par le sabordage

Des milliers de gamins triment dans un contexte drôlement spécifique. Pour les épreuves du fameux examen fatidique. Devenu un rite foncièrement initiatique. Le rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte. Donnant lui-même, machinalement, lieu à un autre rite. Totalement inique. Arbitraire. Et tyrannique. Le verrouillage méthodique d’Internet par sentence étatique. Le passage d’un débit perpétuellement problématique à son blocage farouchement systématique. Paralysant tout un pays. Immobilisant toute une société. Sans compter le coût faramineux de cette ignominieuse absurdité et ses conséquences économiques. Au moment même où le pays abrite une manifestation sur les villes intelligentes. Quelle facétie ! Mais qui se trouve être la meilleure illustration d’un naufrage. Ouvertement reconnu. Le  meilleur aveu officiel de la débâcle d’un système éducatif. Qui astreint ces milliers d’adolescents à recracher métriquement, tout ce qu’ils ont ingurgité. Tout ce qu’on leur a fait engloutir. Ou avaler de travers. Un système qui les remplit comme des sacoches. Avant de leur demander de se désemplir. De se vider sur quelques feuilles à noircir. Expectorer sous haute surveillance. Et sans connexion. Car il s’agit d’un exercice de regurgitation par mémorisation. Et leurs correcteurs ne s’embarrasseront aucunement de nuances d’appréciation ou d’évaluation. Ils sont intimement scotchés à des codes, des échelles à des barèmes et des théorèmes. Pour mesurer le moindre résidu de connaissance recraché sur une copie. Le gage du rabâchage. La tare intrinsèque et la marque de fabrique d’un semblant de système éducatif. Qui se prolongera dans le palier suivant. Où les anciens lycéens devenus étudiants, reproduiront les mêmes automatismes du bachotage et les mêmes reflexes du radotage. Car toute la structuration de leur appareil cognitif se fonde sur les mêmes schèmes du remplissage. Un ensemble de moules conventionnels qui contribuent à une ossification de la pensée par le délayage. Une pensée désertée par tout esprit critique. Et la moindre base philosophique. Car c’est à l’école primaire et ensuite au lycée que se construisent les bases fondamentales de toute connaissance et de tout savoir. La psychologie de l’enfant et la psychologie génétique, notamment, l’ont démontré pour des générations entières. Et il n’est nul besoin d’un rapport indéfendable d’une commission innommable pour une réforme introuvable d’un système inqualifiable pour le comprendre. Un système qui s’acharne à déconstruire le bonheur d’une conscience de la connaissance. Mettant tous ces gamins dans un état d’anxiété flagrante. Des gamins qui se rendent à cet examen comme à l’échafaud. Les tripes nouées. En attendant la journée particulière. La journée de la proclamation des résultats. Dans un état encore plus effroyable. Quand la liste alphabétique laisse des blancs. Séparant en quelques secondes des rêves de plusieurs demain qui se sont, longtemps, tenus par la main. Se fracassant brutalement sur les parois abruptes d’un présent cruel. Reçus ou déçus, ils s’embrasseront, peut-être, pour la dernière fois. Les uns partiront à l’université ou ailleurs. Mais beaucoup de ces gamins se retrouvent déjà dans les bras rocailleux de la rue. Traînant leurs âmes embleuies à longueur de journée. D’autres sont prêts à s’engouffrer dans n’importe quelle corvée. Pour quelques rachitiques pièces de monnaie. Avant de se mettre carrément à mendier. Accostant toutes les voitures qui passent. Au milieu de la chaussée. Des gamins qui se trouvent, du jour au lendemain, livrés aux aléas de la ville et aux incertitudes de la vie. Par la pusillanimité d’un système qui s’acharne à enfouir l’école, la connaissance, le savoir, les cultures et les arts dans une trappe  inexorablement abrutissante. Obturant le moindre frémissement de l’imagination par des censures effrontément ahurissantes.

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