La défaite de la fête

 

C’est le festival annuel du tintamarre. Un assommoir jubilatoire. Une tapageuse orgie de pétards. Pour célébrer une cérémonie prétendument communautaire. Une commémoration à prétention référenciaire. Mais rien de tout ça. Les détonations s’érigent en prétexte de défouloir. Avec des panoplies de bombettes de plus en plus suicidaires. Inondant profusément les trottoirs. Des pétards supposés prohibés. Mais qui sont ostentatoirement exhibés. A des prix dérisoires. Des pétards offerts à des gamins remuants. Des gamins qui se foutent suprêmement de cet occasionnel souvenoir. Elle n’est, pour eux, ni plus ni moins qu’une occasion de chambard. De chahut, de tapage, d’excitations et de provocations. Car ces pétards hurlent de toutes parts. Jusqu’aux dernières plissures de la nuit. Jusque dans les ultimes replis des paupières. Des pétarades à répétition. Etrangères à toute atmosphère de fête. Notamment dans un pays qui a les oreilles qui bourdonnent encore. Depuis une détonante décennie. Une décennie gorgée de toutes sortes de déflagrations, d’explosions, de fatras et de fracas. De dérèglements, de détraquements et de bouleversements. De crépitements et de dépitements. Qui ont laissé des traumatismes ahurissants. Et des chocs assourdissants. Nos rares psychanalystes, nos introuvables anthropologues et nos invisibles sociologues sont encore déboussolés. Dans une société qui a dévergondé même son sens du festif. Une société qui a perdu le goût et la saveur de la réjouissance. Car entre la fadeur des fêtes officielles et l’insipidité des agapes traditionnelles, le sens de la fête s’est subrepticement évanoui. Sans la moindre intention de revenir sur ses pas. Cédant volontiers la place à une morosité persistante. A une amertume persévérante. Où les rites élémentaires de la festivité se sont estompés. Ou transmutés en duplicité et en sournoiseries invariantes. Parfois meurtrières. Souvent nuisibles, dangereuses, malfaisantes, incommodantes et malodorantes. Comme ces détonations envahissantes. Souillant profusément la temporalité et barbouillant abondamment la sérénité. Des détonations qui violent bruyamment l’intimité de la nuit. Après avoir cassé copieusement les oreilles et les pieds du jour. Un jour qui hésite à se lever. Aux pieds d’un soleil aux rayons délavés. Un soleil qui regarde, impuissant, la rengaine réitérée d’un semblant de rituel bruyamment dépravé.

 

 

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