L’avenir est de retour

Héraclite nous disait bien que la vérité reprend, toujours devant nous, sa place de meneuse d’absolu. Et que nous repartons à sa suite, tout enveloppés de vide, de doute et de présomptueuse suprématie. Sa parole est toujours parmi nous. Fortement audible et limpidement perceptible. Et l’année qui est sur le point de baisser, nonchalamment, les paupières n’a pas cessé de nous le répéter. Dans une épaisse moiteur d’effroi. D’incertitude, d’insolite et de désarroi. Nous sommes pourtant au premier quart du premier siècle du troisième millénaire. Un millenaire qui s’annonce effroyablement étroit. Avec son lot d’illusions fracassées sur les murs blafards de l’incertain. Et la maussade rigidité de ses rocailleuses parois. Au creux du désemparement, du reniement, du renoncement et des fatalités malicieuses et de mauvais aloi. .

Un début de millénaire avec des relents âcres de requrovillement. Des exhalaisons de repli et d’enfermement. Des émanations de glaciation qui planent indolemment sur les remparts blafards de l’exiguité. Tout en esquissant des pas de danse macabre sur la terrasse caillouteuse de l’éternité.

Nous sommes dans le premier quart du premier siècle du troisième millénaire et les trompettes de la privation déchirent outrageusement les tympans de la misère prégnante. De la désolation régnante. En lui gonflant rageusement les boyaux. En immolant impétueusement les nouveaux pauvres. Qui regardent, ébahis, leurs dernières chimères rachitiques s’amonceler piteusement sur les pavés raboteux de l’oubli. Avant de disparaitre noyées dans les affres obscures du dénuement et les gouffres insondables de l’abandon.

Nous sommes au quart du premier siècle du troisième millénaire et les roitelets, les potentats et les autocrates, effrontés et éhontés, sont toujours là. Arrachant cyniquement la peau du pays avec fureur. En s’accrochant au pouvoir sans la moindre pudeur. Palabrant gesticulatant, détournant et pillant avec la même ferveur. Avec la même hargne, le même acharnement et sans la moindre once d’honneur.

Nous sommes déjà au premier quart du premier siècle du troisième millénaire et l’Algérie a froid aux pieds et au cœur. L’Algérie n’a plus le temps d’endurer toutes ces innénarables cruautés, ces indécentes férocités, ces impudentes grossiéretés et ces indéboulonnables faussetés. Avec des cabotins qui se sont juré de souiller copieusement le prochain millénaire.

L’Algérie veut vivre et aimer. Eperdument. Se laisser emporter par la fougue incandescente de ses rêves indociles. Et irrévocablement indomptés. Les rêves fous que ses filles sublimes savent porter altièrement comme des diadèmes éblouissants et ses garçons turbulents chevaucher allégrement comme des arcs-en-ciel en furie. Eclaboussant le monde de leurs couleurs éthérées. Et noyant tous les avenirs rétifs de leur luminiscence incommensurablement démesurée. Ces avenirs insurgés qui s’étaient longtemps éclipsés. Prétendant qu’ils s‘étaient égarés. Loin de l’Algérie. Ces avenirs sauront retrouver le chemin tortueux mais exaltant de mon pays. Pour le réinventer et s’y lover chaleureusement. Pour l’habiter durablement. Pour s’y incruster profondément. Tout en enfantant d’autres avenirs. Pour tous les avenirs à venir.

 

 

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