Les vertus de la déchéance

Le comble du cynisme. L’impudence à son paroxysme. L’effronterie démesurée du crânisme. Dans le contexte le plus exécrable. Dans la situation la plus abominable. Entre misère morale et dénuement total. Entre lassitude, dégoût, soulèvement et sursaut de conscience sociétale. Au tréfonds du doute et des errements. Au comble de l’agacement de toute une nation. C’est le moment choisi pour brandir une forfanterie aux relents vaguement juridiques. Pour hisser bruyamment la bannière de la déchéance au statut de haute symbolique. Un vocable venu tout droit d’un registre de la sémantique usuelle du système. La lexicologie d’un système déjà perdu. Déjà déchu. La sémiologie habituelle de la décadence, de la disgrâce et de la putréfaction. Le déchu agitant le spectre de la déchéance. Comme un serpent qui se mord la queue. Et dans ce cas de figure, en l’occurrence, c’est la queue qui mord le serpent. Puisque nous nageons en pleine absurdité. Nous pataugeons au cœur de l’inanité. De la vanité copieusement arrosée d’insanités. Comme la grotesque jactance prétendant déposséder l’algérien de sa nationalité. L’extraire de lui-même. Le soustraire à son identité. Une identité qui l’habite depuis des lustres. Et qui fait son label d’appellation d’origine garantie. Cet être à la fois banal et authentique. Exceptionnel et affreusement commun. Très sûr de lui et incroyablement incertain. Ostensiblement véridique et faussement établi.  Cet algérien qui n’a évolué que par feux de croisements. A la confluence de plusieurs origines innommées. De plusieurs généalogies non assumées. De plusieurs dérives non maîtrisées. De plusieurs passés mal réveillés. Cet algérien qui n’arrête pas de bomber le torse en criant one two t​h​ree. Tout en doutant de l’ombre du premier futur venu. Mais semant profusément des croche-pieds à toute velléité de le bâillonner. Cet algérien amnésique à souhait. Mais porteur invétéré de promesses inlassablement réitérées. Irrévocablement fendues en lui. Dans cet être exigu mais porteur de toutes les quêtes. Souvent maladroitement exprimées. Ce coursier indiscipliné de cultures inextricablement entremêlées. L’Algérien. Cette magnifique créature profusément bariolée. Qui a appris à assumer dignement ses blessures.  A étreindre éperdument ses meurtrissures. A apprivoiser durablement ses déchirures.  A écouter attentivement les bruissements et les échos de ses propres brisures. Cet algérien qui n’arrête pas de voyager dans son altérité intérieure. On veut l’éjecter de son habitacle intrinsèque. Par une proclamation scélérate, qui se mire narcissiquement dans les méandres tordus de ses propres souillures. Portée par les miasmes outrageants de sombres résidus tapageusement vociférants. Affolés par la béance de l’inévitable gouffre obscur qui se profile. Cette oubliette ténébreuse de l’histoire qui attend immanquablement tout système déchu. Déchu de son arrogance, de son extravagance et de ses outrances. Et bien évidemment, de sa nationalité et de son algérianité.

 

Un commentaire sur “Les vertus de la déchéance

  1. Où la force des mots vient nourrir leur sens, vivifier leur teneur, aviver leur indignation. Un si petit texte, pour dire tant de colères trop longtemps rentrées. Merci Si Rabeh

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