Oranitudes en arpèges

Nous sommes aux premières lueurs du premier jour. Aux premiers murmures d’une année qui avance les bras ouverts. Et le regard pétillant. Caressant délicatement sa besace de promesses en bourgeons enchantés. Glissant sur sa robe de fine luminosité. Tout en esquissant des pas de danse désordonnés sur les dalles rogues de l’éternité. Mais déjà, tout en pointant le bout du nez, toutes les saveurs suaves sont dans l’air ouaté. Elles se font appel insistant à succomber au désir de fête, aux brûlures des nouvelles passions et à la désinvolture de toutes  les gaietés. Des promesses de bonheur qui font danser frénétiquement les secrets des couleurs. Parant impétueusement la ville des plus joyeuses humeurs. Une invite insistante à la célébration. A l’exaltation de cette richesse foisonnante de signes, de mots et de choses, qui font la vie de tous les jours. La beauté de tous les instants. Une invite à se lover dans les pulsations vibratoires de la cité. A la pénétrer en toute douceur. A s’enfoncer dans la tiédeur de ses entrailles en profondeur. A aller, confiant, vers la rencontre fortuite du bonheur. Un bonheur qui ne demande qu’à s’égarer frénétiquement. Et à s’éparpiller furieusement. Pour éclabousser la moindre venelle de la ville. Une première virée du côté de Sidi El Houari. Dépositaire de la mémoire vibrante et vivante de l’inaltérable oranité. Avant de se hisser sur le balcon incliné de la Calère, sous les appels d’un ballet de mouettes turbulentes et agitées. Se laisser emporter par les bruissements et les chuchotements voluptueux de l’immensité bleutée. Comme un diadème majestueux sur la tête altière de Mare Nostrum. Répondre à l’invite pressante du fumet versatile et odoriférant de la Pêcherie. Succomber aux chants de ses sirènes. Pour se fendre dans son grouillement bigarré. Une incursion chamarrée qu’on regrette, tout de suite, d’avoir trop rapidement achevé. Avant de remonter du côté de Tahtaha, le nombril turgescent de Mdina Jdida. Berceau d’El Fallah. Pour partager une gaâda avec les chioukhs inspirés et boire goulûment quelques vers de Melhoun onctueux. Généreusement arrosé de thé et d’un bouquet enluminé de m’âani. Ces paroles de lumière finement ciselées dont en emportera les bourdonnements scintillants à travers Sidi Blal jusque dans les venelles grouillantes d’Elhamri et de Madiouni. Ces deux sentinelles impassibles vous imposent placidement un crochet du côté de Sidi El Hasni. Regarder le fourmillement de toutes ces femmes modestes et réservées, venues se confier à leur saint vénéré. Pour l’entretenir de leurs petits rêves. De leurs grandes peines. Et de leurs maigres amourettes inabouties. Avant d’aller prendre leur carantica, encore brûlante, du côté de Diar El Hayat. Et retourner chez elles, pleinement soulagées. Les regarder s’éloigner par grappes désordonnées est un cantique dédié à la solidarité. Au dénuement, à la pauvreté et à l’humilité. Une aubade qui contraste de façon criarde avec le miroir aux alouettes qu’est le quartier Michelet. Fier et hautain. Frisant l’arrogance et le dédain. Ce grain de beauté d’Oran, à la prétention démeusurée. Avec ses immeubles présomptueux. Ses promesses mirifiques et ses passantes outrageusement magnifiques. Des passantes qui sont des parcelles vivantes de sublimité. Un hymne vibrant et mouvant à la grâce. Un arpège dédié à la beauté. Invitant à révérer pieusement la féminité. Dans tous ses éclats de splendeur et de vénusté. Longer ensuite, le front de mer, les yeux ecarquillés et emplis d’emerveillement bleuté. Une flânerie suspendue sur le crâne allongé du port, un boulevard miroitant qu’Oran n’arrête pas d’exhiber comme une amulette miroitante sur sa poitrine pétulante. Continuer sur le pont Zabana, en fredonnant Benzerga, Wahby ou Blaoui. Tout en longeant la facade maritime jusqu’à Canastel. Pour admirer une baie aux contours voluptueux et s’extasier sur ce qui reste à découvrir. De là on aperçoit immanquablement Santa Cruz, sentinelle inamovible qui veille jalousement sur la ville et la frénésie indomptée des vagues aux poitrines aguicheuses. Levant parfois le regard tumultueux sur le plateau de Moul El Meida, tout en murmurant subtilement l’appel irrésistible de la corniche. Pour se vautrer dans ses sensuelles courbures. Le rappel insistant du moment qui taraude infailliblement. Car c’est l’heure de la paella au Fantasio. Suivie d’une virée chez Hamitou ou une escale chez Martinez. Avant de prolonger la jubilation de tous les sens jusqu’aux Andalouses. Une pépite blanche tout en enchantement et en ravissement. L’invite à contempler le soleil, ostensiblement réjoui, s’assoupir délicatement sur la chevelure nacrée de la Méditerranée.

 

 

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