Autour de la culture (5ème partie)

 E. Le multiculturel et l’interculturel

L’évolution rapide de la mondialisation marquée par le développement  de la communication par le biais de l’information, s’est accompagnée ces dernières années par la fréquence à la fois du déplacement des personnes et des biens, et aussi de la multiplication des échanges. Si les frontières géographiques deviennent quasiment virtuelles, il ne demeure pas moins qu’une autre frontière importante est parfois ignorée : celle de la diversité culturelle.  Ne pas prendre en compte cette réalité, c’est s’exposer aux tensions et frustrations qu’elle suscite et qui peuvent conduire à l’intolérance, au repli identitaire ou communautaire, au racisme, ou plus généralement à ce qu’on appelle « l’ethnocentrisme ». Les interactions et les interférences entre les personnes, les sociétés communautaires ont donné naissance d’abord à des royaumes ensuite à des empires. Les chocs,  les confrontations et les arrangements entre ces derniers engendrent « une autre forme sociétale-culturelle elle-même diversifiée : celle des nations marchandes »[1]. L’évolution de la mondialisation va ensuite engendrer à son tour une autre forme « sociétale-informationnelle mondiale ».[2] Ainsi, ces changements impliquent des bouleversements dans les sociétés multiculturelles et interculturelles qui se sont auto-organisées. Et les interactions interculturelles demeurent fragiles. Et celles-ci sont rythmées d’une intense interaction tantôt pacifique, tantôt violente mettant en danger la stabilité des sociétés multiculturelles déjà éphémères. Cette situation nouvelle et complexe fait qu’une éducation à l’universalité s’impose par le biais de l’interculturel qui suppose l’intercompréhension des cultures et non l’assimilation. Dans cette partie, il sera donc question des orientations multiculturelles et interculturelles.

  1. Le multiculturel 

La colonisation, la guerre, la mondialisation avec ses échanges commerciaux, touristiques, techniques, scientifiques et artistiques ont amené les personnes et les cultures à se rencontrer, à se confronter. Ainsi avec le temps, de nombreux pays se trouvent dans des situations pluriculturelles ou multiculturelles. Pour designer ce phénomène de rencontre de contact des populations et individus issus de différentes cultures, on emploi ici et là, selon les auteurs et les disciplines plusieurs  termes : pluriculturel, multiculturel, transculturel, transculturalisme, interculturel…[3] Selon Demorgan (1993, p.15), les deux termes pluri et multi culturel ont fait leur apparition aux Etats-Unis dès 1915. La mondialisation, le flux migratoire ont entrainé une évolution du vocabulaire et le multiculturel a pris la place du pluriculturel. Tous les deux désignent une coprésence d’une pluralité ou d’une multiplicité de cultures en un même espace et en un même temps, mais relativement séparés.[4].  Ce pluralisme est construit, institutionnalisé soit par la reconnaissance des spécificités régionales comme l’Italie et l’Espagne, soit sur le pluralisme linguistique à l’exemple de la Suisse, la Belgique. Dans les deux cas, les communautés territoriales et linguistiques sont dotées de leurs propres institutions. Le multiculturel peut prendre plusieurs orientations allant du ségrégationnisme hostile à la tolérance bienveillante en passant par la juxtaposition indifférente.[5]Ainsi, les pays comme l’Allemagne et les pays anglophones sont des pays multiculturels de type diversité et inégalités en ce sens où il y a domination d’une culture sur l’autre. Par contre le multiculturalisme français  tend vers l’unité et l’égalité est dite assimilationniste. Tous ses citoyens sont considérés comme français alors qu’on Allemagne par exemple, on parle de communauté turc. Cette relation de coexistence pacifique n’est pas toujours positive dans la mesure où souvent le rapport de domination  demeure, et que l’interculturalité est inexistante au sein de cet ensemble. C’est ce dernier qui peut jouer le régulateur en ce sens qu’il permet la communication entre les cultures.

  1. L’interculturel

Selon L. Porcher le terme « interculturel » est employé pour la première fois dans un article dans le journal Le monde  et repris par l’Unesco lors d’une conférence générale à Nairobi en 1976[6]. Comme l’indique le préfixe inter, le terme interculturel implique une réciprocité, un échange et une diversité dans les relations entre les cultures. Pour de nombreux, qui font usage de ce terme font référence aux contacts qu’établissent des personnes de cultures différentes. La notion d’interculturel  dans certains pays d’Europe et d’Amérique est associée  aux différentes vagues d’immigration qu’ils avaient connus. Ces pays qui sont donc confrontés à une réalité multiculturelle notamment dans l’éducation scolaire ont été contraints à adapter une approche interculturelle afin de développer sa compréhension. Ainsi en France par exemple, la problématique de l’interculturel est fortement liée à la présence d’élèves étrangers au sein des écoles françaises[7]. Le conseil de l’Europe de son côté s’est interrogé sur l’universalité et le communautarisme. Ainsi, l’objectif est d’arriver à l’intercompréhension entre les peuples d’Europe, afin de prévenir les discriminations, le racisme et mieux prévenir les conflits. En d’autre termes d’éviter à tout jamais de reproduire les horreurs du passé. Pour ce faire, la communauté européenne a favorisé l’interculturel. Et l’expérience des échanges franco-allemands l’OFAJ (Office Franco-allemand pour la Jeunesse) en est un bon exemple[8]. Cette organisation  internationale de coopération franco-allemande a été créée en 1963 par le Traité de l’Elysée, et a pour mission d’approfondir les liens qui unissent les enfants, les jeunes, les adultes et les responsables de jeunesse des deux pays. Le mot « interculturel » est composé de « inter » et « culturel » qui signifient « entre » et « culture ». D’une part,  le terme « inter » renvoie ici à la relation, à la rencontre, à la circulation, à la confrontation, à l’altération et au changement. D’autre part, on ne peut appréhender l’interculturel sans s’interroger sur le terme « culture ». Selon le dictionnaire de langue française le mot culture est polysémique, il peut signifier  la connaissance, le savoir d’une personne lorsqu’on  parle de culture d’une personne. Il peut aussi signifier : l’ensemble des valeurs, des activités, de l’histoire des morales qui est produit par une société, un groupe comme on le vient de le voir ci-dessus. Selon L. Porcher : « Le fondement de l’interculturel résiderait dans l’égalité des dignités »[9]. Cette citation plein de sens explicite le concept humaniste de l’interculturel. Ce dernier suppose donc « une interaction des cultures à travers  les déplacements et les échanges entre personnes »[10]. Pour C. Clanet, l’interculturel est « l’ensemble des processus- psychiques relationnels groupaux, institutionnels – générés par les interactions de culture dans un rapport d’échanges réciproques et dans une perspectives  de sauvegarde d’une identité culturelle des partenaires en relation »[11]. Comme on vient donc de le voir l’interculturel suppose une interaction entre les personnes, les communautés, c’est-à-dire non pas un dialogue entre les cultures comme on nous l’a souvent dit, mais un dialogue entre les personnes de différentes cultures, d’âges et de catégories sociales.

[1] DEMORGAN Jacques, « Multiculturel ou interculturel ?, in Pratiques de formation/Analyses, N° 37-38 Fevrier1999, Formation permanente/ Université Paris 8, Paris 1999,  p.18.

[2] Idem, p.18.

[3] DEMORGAN Jacques « Multiculturel ou interculturel ?, in Pratiques de formation/Analyses, N° 37-38 Fevrier1999, Paris, Formation permanente/ Université Paris 8, 1999,15.

[4] Op., Cit., DEMORGAN Jacques, 1999, p .15.

[5] Ibid., p.19.

[6] Cité par A. ERIKSEN-TERZIAN, « En quoi les échanges interculturels sont-ils formateurs ? », in Pratiques de formation/Analyses, N° 37-38 Fevrier1999, Paris, Formation permanente/ Université Paris 8, 1999,112.

[7] BLONDEAU Nicole, « Inter culturalité, Diversité, Tout-Monde et Poétique de la relation à la lumière des travaux d’Edouard Glissant, Conférence ETLV, Université Paris8, IED,  Avril 2012.

[8] http://www.ofaj.org/ofaj , consulté le 24 avril 2015.

[9] PORCHER Louis, cité in Conférence ETLV, Université Paris8, IED,  avril 2012.

[10] DEMORGAN Jacques, « Multiculturel ou interculturel ?, Op., Cit., p .15.

[11] CLANET Claude, L’interculturel, Presses Universitaires du Mirail, 1990, p. 16.

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