Autour de la culture (6ème partie et fin)

  1. L’interculturel entre ethnocentrisme et acculturation

Tout comme le multiculturel, l’interculturel présente des leurres. Dans son orientation extrême, l’interculturel, les interactions entre des cultures à travers les déplacements, les échanges peuvent conduire à une assimilation lorsqu’on s’ouvre trop à une culture ayant une position de pouvoir et que l’échange ne se fait pas d’égal à égal.  L’interculturel, en tant que principe d’ouverture peut conduire d’une part  à l’ethnocentrisme lorsque le « comportement social et attitude inconsciemment motivée conduisent à privilégier et à surestimer le groupe racial, géographique ou national auquel on appartient, aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres peuples »[1]. D’autre part, les communications et les relations interculturelles peuvent conduire à des phénomènes d’acculturation lorsque le groupe majoritaire ne s’accommode ni de l’intégration ni de l’assimilation où l’individu perdrait son identité, ni de la différenciation individualiste et sectaire entrainant la discrimination et l’exclusion. Dans une société multiculturelle, il est impérative que les communautés culturelles s’ouvrent, interagissent mais sans se désintégrer.   En d’autres termes, l’ouverture et la fermeture doit être régulées. Comme le montre la théorie d’adaptation de Piaget : « l’être doit se conserver bénéficiant ainsi de l’unité qu’il constitue dans sa relation aux environnements : trop d’ouverture c’est la submersion ; mais pas d’ouverture c’est la sclérose » [2]. M.J. Herskovits est le premier à s’intéresser aux faits d’acculturation en s’intéressant à la culture noire américaine. Ainsi, aux Etats-Unis, on créa en 1936 un comité comprenant M.J. Herskovits, R. Redfield, R. Linton  chargé de l’organisation de la recherche sur les faits d’acculturation. Dans le mémorandum, ils définissent l’acculturation comme « l’ensemble des phénomènes  qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus  de cultures différentes et qui entrainent des changements  dans les modèles  « patterns » culturels initiaux de l’un ou des groupes »[3]. Dotés d’outils théoriques et méthodologiques, ce comité étudia le phénomène d’acculturation en établissant une typologie des différents contacts culturels (amical, hostile…) taille des groupes en présence, l’origine du contact… et examinant les différentes configurations de chacune (subordination,). Ainsi, on reconsidéra le concept d’acculturation. Selon M.J. Herskovits « l’acculturation se réalise au moyen d’attributions d’anciennes valeurs, sont associées à des éléments nouveaux ou de nouvelles valeurs viennent changer la signification culturelle d’anciennes formes »[4]. Pour Bastide, les faits d’acculturation sont dans la même perspective que celle qu’avait R. Mauss, celle d’un phénomène social total. Il estime que si le changement affecte un niveau du réel, un point d’une culture, cette cause externe va provoquer un changement total. Ainsi une série de réajustements successifs vont se produire au sein de tout le système culturel qui  donnerait à une nouvelle structuration culturelle dans laquelle la causalité interne peut prédominer lorsque le changement reste superficiel ou dans laquelle la causalité externe l’emporte s’il y a imitation culturelle[5]. Pour Bastide, l’acculturation n’est pas une tare, encore moins pathologique, mais bien au contraire un potentiel de créativité, une ressource permettant l’adaptabilité, et le changement culturel. Néanmoins pour une meilleure coexistence des cultures différentes, il est impératif que les polarisations  qu’indiquent le multi et l’inter doivent être prises dans leurs sens positifs. D’une part,  le multiculturel doit tendre à sauvegarder les identités et l’interculturel doit permettre les changements, les évolutions, les transitions et les mutations. Les deux orientations ne peuvent être comprises qu’en référence de la dynamique adaptive antagoniste de la fermeture et de l’ouverture de l’autre[6]. C’est par cette combinaison des deux orientations qu’on peut arriver à une meilleure compréhension, communication entre les cultures, le respect des identités de soi et de l’autre.

 

Conclusion

La culture humaine a émergé au même temps que le langage  au cours du processus d’hominisation. Et cette aventure vers la sapiennisation a commencé depuis l’émergence du genre homo. Cette évolution longue et lente est marquée par des discontinuités, laissant apparaitre plusieurs espèces humaines et phases culturelles. L’homo-Habilis (homme adroit) a utilisé ses deux mains pour fabriquer les premiers outils, les sphéroïdes. L’homo-erectus marque la phase de la station debout (verticalité) et la fabrication de bifaces, des outils perfectionnés. Le Neandertal, une phase pré sapiens est marquée quant à elle par la conscience de la mort. Il est le premier à faire une sépulture à son prochain. Ainsi, dans ce processus d’évolution qui va de l‘homo-habilis à l’homo-sapiens en passant par l’homo-erectus et le Neandertal, apparait la bipédie, la manualisassions, la verticalisation, la cérébralisation, juvénilisation et complexification sociale. L’évolution biologique, l’apparition du langage, la constitution de la culture se combinent, s’entre-stimulent les uns aux autres et construisent le processus d’hominisation jusqu’aux sapiens. On a longtemps opposé la nature à la culture. La biologie, l’anthropologie, l’éthologie plaident aujourd’hui pour le non singularité de l’homme par rapport aux non humains. L’être humain n’est pas le seul bipède, n’est pas non plus la seule espèce capable de produire de la différence culturelle. Et il n’est pas l’unique espèce à observer le tabou de l’inceste. Son évolution physiologique et mental (pensée symbolique, le langage) l’ont propulsé pour coloniser le monde et exploiter à son profit ses richesses. Pour vivre ensemble, dans le respect des identités de chacun  et communiquer avec les personnes de différentes cultures, les populations  interagissent. Ainsi, vont non seulement mettre en commun des éléments culturels qui leur sont propres et communs, mais aussi, intégreront des éléments culturels extérieurs. Dans une situation interculturel se focaliser sur la différence, en mettant l’accent sur ce qui diffère, construit une approche stéréotypée de l’autre.  Appréhender l’autre comme étant différent sous l’angle de la différence peut engendrer un comportement de supériorité et d’infériorité. Dans les deux cas, l’altérité repose sur l’égocentrisme. Et considérer l’autre  égal et identique c’est adopter un comportement assimilationniste. Le rapport à l’autre est donc très important pour  une meilleure communication  interculturelle. Pour que celle-ci se réalise, il faut non seulement appréhender l’autre dans la différence sans le questionner,  mais il  faut  aussi mettre l’accent sur les ressemblances. En d’autres termes une approche interculturelle doit s’inscrire et tendre vers l’universel, sur ce qui met en relation la diversité. Pour transmettre la culture, les connaissances, les savoirs, les savoirs faire d’une génération à une autre et la partager entre les membres d’une même communauté, l’acquisition, l’éducation est fondamentale dans l’opération de transmission.

Bibliographie

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[1]Définition de l’ethnocentrisme, in  Trésor de la langue française informatisé consulté le 12/11/ 2016.

[2] Op., Cit., DEMORGAN Jacques, 1999, p .19.

[3] Op. cit., VINSONNEAN Géneviève, 2002, p.44.

[4] Ibid., p. 44.

[5] Ibid., p. 50.

[6]Op., Cit., DEMORGAN Jacques, 1999, p .19.

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