La problématique du « Soi » et de « l’Autre » chez Paul Ricœur

Ce texte se veut un retour réflexif sur l’œuvre fondatrice de Paul Ricœur « Soi-même comme un autre » paru au Seuil en 1990, qui développe une « cogitation » sur l’identité et l’altérité et déploie une foisonnante fécondité intellectuelle.

Ricœur définit l’identité comme un organisme vivant, générateur et auto-générateur. Une identité est, par essence, mouvante, polymorphe et changeante. C’est pourquoi le déterminant « la » semble inadéquat quand il est associé au terme « identité » : aucune identité n’est définie en soi, car elle établit toujours un rapport alternatif et interactif avec d’autres identités. En effet, elle est à la fois le produit et la productrice. Ricœur associe l’identité à l’ipséité comme forme flottante et fluctuante se distinguant par la complexité et l’incomplétude.

Il souligne aussi que l’identité n’est pas l’identification : l’identité se caractérise par le changement et l’immutabilité, tandis que l’identification s’apparente à la stratification, à la qualification ou à la catégorisation d’une personne selon des traits distinctifs : la nationalité, la race, l’appartenance sociale, culturelle et cultuelle…

Dans le terme « identité », Ricœur fait un distinguo entre l’identité-idem qui est inchangée au fil du temps, et l’identité-ipse qui subit le changement et ne se maintient pas au mouvement.

En outre, le « je » grammatical et objectal se distingue du « soi » substantiel et essentialiste qui requiert le détour d’analyse amenant à la quête du sujet-agent (l’autre) qui est un autre « moi » constitutif et instructif. Ricœur écrit : je me traite moi-même comme un toi.

L’ouvrage ricoeurien introduit le concept de « l’altérité » qui définit l’autre « soi » ou le « soi » comme un autre. Il abolit les confins et les conflits entre l’un et l’autre et développe une réflexivité sur l’estime de soi et sur le rapprochement à l’autre. Il est conçu comme une entreprise ambitieuse et une philosophie de la conciliation qui s’immisce dans l’ambition de l’humanisme et qui s’oppose au solipsisme cartésien et à l’idéalisme platonicien. Il engendre l’attestation dialogique et pédagogique « Soi-même comme un autre » ou l’impossible existence de « soi » sans l’autre. Autrement dit, il est nécessaire de fondre l’identité pour fonder l’altérité.

Youcef BACHA, jeune chercheur en didactique des langues, en linguistique et en littérature française. Attaché au laboratoire de Didactique de la Langue et des Textes, Université de Ali Lounici-Blida 2 (Algérie).

Un commentaire sur “La problématique du « Soi » et de « l’Autre » chez Paul Ricœur

  1. SORTIR DE SOI
    Perdus pour avoir quitté la maison de dieu du père patron et de la mère tisseuse de drapeau. Chacun tourne en rond dans son petit chez soi et ressasse les mêmes reliques de vérités surannées. Les seuls mais pas rares qui trouvent la vie créatrice de rêves sont celles et ceux qui sortent du soi. Sortir de soi c’est ouvrir grand la porte à la curiosité et se prédisposer au don. Les vraies richesses sont dans les cœurs candides qui se contentent d’aimer pour aimer, de chanter pour chanter. Et plus nous recevons plus nous nous offrons nous-mêmes sans compter sur le temps mécanique, nous devenons éternels en vivant avec tous les humains, ces autres qui nous confirment que la muse jamais ne dort, l’amour jamais mort.
    Alors, au travail, et que chacun renaisse chaque matin. Que chacun sorte de chez soi et s’invente un nom pour la journée nouvelle; que chacun trouve ses verbes sans façon, de ses gestes à la bouche, que les voix chantent les caractères. Nul besoin d’un guide ou d’une feuille de route, la voie lactée est là qui nous tend ses seins généreux. Alors buvons cette manne intangible, rions à la face du firmament tandis que nos pieds chevauchent le ventre fécond de notre Terre, le seul plus beau pays, ce pays de bohémiens en exil dans l’Univers. Et rappelons-nous le travail, toujours le travail, sans lequel la liberté s’ennuie, l’amour est déçu, la beauté se désole. Laissons les monuments à la mécanique du temps, abandonnons les drapeaux à la rouille des armées. Sur les ruines de l’orgueil, sous les signes de la vanité, dans le langage de la violence, dans le silence des soumissions, il n’y a que le néant pour nous précipiter dans son abîme systémique.
    Au travail, les humains ! La rue meurt de vos silences ! Que les pouvoirs gardent les ruines et que poussent les ronces dévorantes ! Au travail ! On part à pieds avec le vent dans les mains. Pétris de certitude que l’éternité est là, et que sa rumeur sous nos pas s’enfonce dans le sable. Nulle trace que ce verbe qui ne meurt jamais que si l’on lui laisse le pouvoir de se taire.
    Pierre Marcel Montmory

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