L’éducation chez Rousseau ou le pouvoir de la nature

L’éducation rousseauiste met en exergue le concept de pragma ou l’action pédagogique pour former un homme, tout ce qu’un homme doit être. En effet, l’exercice forge son esprit et le dote d’une vision éclaircie et d’une conception étendue, comme le corrobore ce propos tonitruant : « La véritable éducation consiste moins en préceptes qu’en exercices ». Tandis qu’une pédagogie transmissive endoctrine ses réflexions et sclérose la progressivité de ses conceptions en les canalisant en fonction d’un pattern interprétatif.

L’éducation chez Rousseau s’axe sur la voie que trace la nature ou « le laisser faire de la nature », car les attentes du « petit d’homme », pour remâcher les mots lacaniens, ne devraient pas être obstrués par le précepteur ou l’autorité du père, afin que l’enfant mette ses désirs en adéquation avec ses forces naturelles. Laisser l’enfant découvrir l’environnement et le langage enseveli dans son esprit pour qu’il ébauche ses relations avec les autres, en « se socialisant » et en (se) découvrant un autre moi différent. Les préceptes dictés, tout comme les stéréotypes aveuglants inculqués, figent la praxis et anéantissent le désir de l’apprenant. C’est en faisant que l’on apprend à mieux faire. Cette pensée est au cœur battant, actuellement, de la pédagogie active ou de l’expérience qui est initiée, entre autres, par J. Dewey affichant sur les frontons de son entreprise pédagogique la fameuse devise « Learning by doing ». Cette formule balise une nouvelle piste acheminant l’apprenant à l’action éducative, au-delà de la simple description des faits, voire la prescription des règles, via la mise en place des actes pédagogiques féconds éveillant l’émotivité de l’apprenant et transformant le « savoir » en « savoir-faire ».

Emile ou De l’éducation (1762), tel est l’intitulé pléonastique du Traité d’éducation de J.-J. Rousseau, expose la célèbre « théorie de l’homme » en relatant la vie d’Emile depuis les premiers mois (l’amour de soi) jusqu’à la rencontre amoureuse avec la jeune Sophie (l’amour de l’autre). Cette dernière figure incarne la merveille de la nature et un être prodigue et semblable. « Sophie doit être femme comme Émile est homme, c’est-à-dire avoir tout ce qui convient à la constitution de son espèce et de son sexe pour remplir sa place dans l’ordre physique et moral. » (Rousseau, 2012 : 639)  Emile est suivi dans des étapes successives, où il est appréhendé à la fois comme objet et sujet intrinsèquement doté d’une valeur et d’une singularité à respecter, dont l’évolution houleuse délivre une méthode éducative- basée éminemment sur la spontanéité et l’autonomie- développant une homologie entre le pouvoir de l’homme et le vouloir de la nature, et notamment elle articule la bonté de l’homme et la beauté de la nature.

L’éducation rousseauiste, enfin, véhicule des préceptes centrés sur la nature humaine et sur une idée élitiste ; autrement dit, il faut accompagner l’enfant dans son développement sans le priver de ses besoins et ses impulsions qui sont le moteur puissant de ses actions. Rousseau conclut : « On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation […] Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d’assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation. » (ibid. : 10)

Youcef BACHA, jeune chercheur en didactique des langues, en linguistique et en littérature française. Attaché au laboratoire de Didactique de la Langue et des Textes, Université de Ali Lounici-Blida 2 (Algérie).

Support bibliographique

J.-J. Rousseau (2012). Emile ou De l’éducation, Edition numérique : Pierre Hidalgo.

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