Libérez les détenus d’opinion, et que Saturne cesse de dévorer ses enfants !

Mais qui est donc Saturne ?

Les petits algériens connaissent-ils la mythologie grecque ? Il semblerait que non ! Comment donc pourraient-ils lire une partie conséquente de l’œuvre humaine sur terre ? Celle-là même transmise comme fondation à l’actuelle civilisation.  Les arabo-musulmans, nous dit-on, en ont assuré la traduction. Ils ont ensuite édifié une belle continuation pour ancrer la raison.  On cite avec tant d’orgueil le sauvetage de cet héritage riche en enseignements, mais on dénie encore l’ouverture d’esprit qu’un tel effort a nécessitée pour ne pas rompre la délicate quintessence.

C’est l’idolâtrie et non le savoir qu’on s’acharne à visser dans le crâne de nos petites têtes brunes. On leur sature  le cerveau de textes inaccessibles pour leurs âges et niveaux, afin que s’inocule le  trauma de l’autoritarisme binaire des deux H : Halal-Haram.  Ni L’art diabolisé, ni l’histoire falsifiée, ni même le souffle heureux de la paix des âmes ne saurait enfreindre la marche forcée du fascisme vert qui bruite de ses bottes dans nos déserts et vallées. Il n’est pas impossible de le vaincre à condition de s’y atteler.

Mais que vient faire Saturne, Chronos en grec, sous le ciel algérien ?  Que nous apprend cette divinité  qui puisse éclairer nos lanternes charriées par les vents abrasifs du despotisme ? Qu’il était une fois, une divinité nommé Saturne, fils des Titans Uranus-Ouranos, dieu du ciel, et de Gaia, déesse de la terre. Dans le mythe, Uranus  emprisonnait tous ses enfants dans les tréfonds de la terre de peur d’être détrôné par eux. La mère furieuse de voir tous ses enfants repoussés, décida de se venger. Elle demanda à ses enfants de combattre leur père. Ils refusèrent, sauf un ; Saturne. Ce dernier  émascula son géniteur. Avant de mourir le père lui prédit qu’il sera, à son tour détrôné par un de ses enfants. Saturne,  décida alors d’avaler un à un toute sa progéniture. Jusqu’au sixième sauvé là aussi par la ruse savante d’une mère. Il s’agit de Zeus qui libéra ses frères et enferma à jamais le père despote, cruel et infanticide.

Ce récit mythologique a été illustré par de grands peintres. Rubens, le maître incontesté du  flamand baroque, en livra une vision terrifiante.  Saturne en roi soucieux jusqu’au macabre de garder un pouvoir eternel, arrache la chair de son enfant tout vivant. Mais Goya, le peintre espagnol du XVIIIe siècle, alla plus loin encore dans l’horreur. Il représenta Saturne en ogre sanguinaire, tenant dans ses mains un corps humain miniature, dont la tête et le bras ont été impitoyablement dévorés.

La figure du tyran est manifestement la même de l’antiquité à nos jours. Du mythe au réel, l’aveuglement du pouvoir conduit  à toutes les horreurs. Ces peintures noires en disent long sur la vision pessimiste de l’homme quant à ceux qui le gouvernent par la brutalité. Ils soulignent la folie qui se saisit des plus vieux lorsqu’ils s’accrochent jusqu’à l’innommable pour régner.

Notre pays semble marcher sur les pas des ogres. Toute cette jeunesse jetée dans les prisons pour des motifs fallacieux. Tout cet avenir qu’on insulte  en l’enfermant ne présage rien de bon. Ces cris qui raisonnent de derrière les barreaux, sont ceux d’une génération qui gravera son nom dans l’histoire. L’horreur à destination des innocents précipite les tyrans dans le gouffre du néant. De l’opprobre et des malédictions accompagneront les pas de ceux qui crachent le sang sur le visage de nos enfants.

Mais comment faire entendre raison ? Comment empêcher le pire qui frappe à nos portes ? La tyrannie que subissent les valeureux  qui se morfondent dans les geôles insalubres ne présage que malheurs et destruction. « La traitrise et la violence sont des lances à deux pointes, écrivait Emily Brontë, elles blessent ceux qui y ont recours plus grièvement que leurs ennemis. »

Mes pensées à Dalila Touât, Walid Kechiche, Walid Nekkiche, Rachid Nekkaz, Khaled Derarni et tant d’autres…

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