Monsieur le Président

Votre discours du 12 août tranche de manière définitive et courageuse avec la langue de bois chère au régime issu de l’indépendance et dont vous faites partie. Je me permets de douter de votre sincérité, car, comme tant d’autres Algériens, je doute de la sincérité du pouvoir que vous représentez. Vous avez voulu présider au destin de l’Algérie et vous en êtes maintenant le président de la république. Légitime ou illégitime, vous en êtes le Président. De fait. Il vous reste à présent à entrer dans l’Histoire par la grande porte et de sortir surtout par cette même porte. Mais la porte de l’Histoire ne s’ouvre que rarement, elle est faite de bois dur et ne peut être forcée. C’est le peuple qui en détient la clef et seulement le peuple. Ainsi vous serez peut-être un espoir pour notre jeunesse. Peut-être.

Vous avez été méprisé par ce système, tourné en dérision, vous avez goûté à l’atteinte de votre dignité, mais envoyé au sommet de l’État, au front ! Vous comprenez mieux ceux qui, sans les moyens dont vous avez disposé, ont subi et subissent encore sans aucune chance de voir un jour une quelconque lumière. Vos ennemis, vous les compterez certainement parmi vos amis, et probablement parmi les plus proches. Mais en politique, l’ennemi est aussi un adversaire qui vous permet de vous mesurer, de corriger vos actes, de vous parfaire, de vous rapprocher avant lui de votre peuple. L’ennemi en politique parle un autre langage que le vôtre, c’est sa raison d’être, c’est son oxygène et le vôtre aussi. Le mettre en prison le renforce dans ses croyances et le détermine à plus vous combattre, particulièrement lorsque vos amis ne sont pas sûrs. Sans ennemi politique, la dictature occupe tout l’espace public. Ceux qui vous subliment aujourd’hui et qui sont faits pour toutes les cours par goût pour l’asservissement, l’ont fait avant votre présidence et depuis toujours. C’est aussi leur raison d’être. C’est même eux qui ont envoyé leur « armée » d’universitaires de service et autres troubadours sur les chaines de télévision pour « expliquer » un discours limpide, populaire, direct, ciblé, juste pour en déformer la teneur ; un exercice dont les effets demeurent des plus sûrs pour discréditer un discours politique.

Monsieur le président, le Hirak n’est pas un jeu, n’est pas un mouvement quelconque mais une âme et c’est ce qui l’a fait qualifier par vous de « moubarak ». C’est l’âme de cette Algérie dépossédée de son Histoire et de ses identités. Dépossédée aussi de ses richesses, de ses enfants par une poignée d’aventuriers. Et c’est cette âme qui a ressuscité le corps social en toute sérénité, dans le calme, dans toutes ses diversités ; qui a chanté, crié les plus beaux slogans et les plus belles chansons à la face des prédateurs qui ont squatté le pouvoir pour en faire une machine criminelle. Qui ont pris le soin d’organiser leurs ramifications dans leurs propres familles et autres réseaux d’intérêt, y compris à l’étranger. C’est ce qui fait scander au Hirak « tetnahhaw gâa ». La corruption existe certes dans tous les pays et vous pourrez si telle est votre volonté affichée, la réduire. Mais chez nous elle s’est accompagnée de trop d’injustices, d’exclusions, de passe-droits et d’impunité. Les prédateurs ont frappé notre société au cœur même d’une prestigieuse institution, la justice. Ils l’ont instrumenté pour leurs seuls enrichissements.

Monsieur le président, laissez les détenus d’opinion rejoindre leurs familles et n’endossez pas la responsabilité historique de les garder en prison, juste pour être en cohérence avec vos dires. Chassez ces guetteurs de réseaux sociaux qui justifient leurs accusations de propos « postés » par de jeunes algériens qui n’ont d‘autres moyens pour crier leurs douleurs et leurs colères. Guetteurs incompétents qui vous font croire qu’ils veillent sur la république. La nouvelle république que vous avez annoncée ne se concrétisera qu’avec le seul peuple dont ce Hirak que vous semblez chérir. La nouvelle république naitra des entrailles de notre Histoire pleine de héros et de traitres à l’instar de tous les peuples. Chassez ceux qui passent leur temps à vous glorifier parce qu’ils ne vous diront jamais la vérité. Chassez les partis politiques qui ont mené notre pays au gouffre et auxquels personne n’a osé demander la provenance de leurs financements, ni de justifier le nombre de leurs « militants » et faites en sorte que l’opposition soit un droit que vous devez protéger, y compris contre vous, parce que vous êtes le Président. Vous en avez le pouvoir et le devoir. Alors une fois que vous les aurez chassés, vous serez peut-être salué par plus d’Algériens comme un Président. Vous aurez ainsi mené le pays dans une transition vers une nouvelle république. Entrer dans l’Histoire est à ce prix. Si telle est votre volonté.

2 commentaires sur “Monsieur le Président

  1. À beau mentir qui vient de loin. Cela dit une bon diatribe. Et puis Dieu Que pouvez-vous écrire d’autre !
    J’attends avec impatience votre lettre aux Haddad et Co..
    A vous lire.

  2. Vos mots crient au silence, que j’espère, gêné des responsables qui les liront. Que Dieu ,le tout puissant, protège la nation en gravant vos mots dans l’esprit de notre président.

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