Contributions

Réflexions à propos de la thèse de Maurice Audin

                                                           « L’honneur appartient à ceux qui jamais ne s’éloignent de la vérité, même dans l’obscurité et la difficulté… »
Nelson Mandela

Une soutenance de thèse est toujours une cérémonie exceptionnelle, dans notre traditionnelle université, comme une consécration au nom de la vérité. La thèse de mathématiques dénommée « Les équations linéaires dans un espace vectoriel dans le cadre d’un doctorat d’État de mathématiques » n’a pas été rédigée par n’importe quel étudiant. Cette thèse a été soutenue à la Sorbonne en l’absence du doctorant et le jury, sans aucun commentaire, en fit la constatation officielle. Cette thèse, comme toutes celles qui ont été soutenues avant elle, participait à de nouvelles révélations sur le sens profond de la recherche scientifique, l’unité organique de la quête de la vérité qui gère notre monde, qui est désintéressée, comme on nous l’a toujours appris, dans le plus grand intérêt de l’humanité.

J’imagine la scène en cette année 1957. Dans ces équations hermétiques et nébuleuses que le directeur des travaux du doctorant inscrivait au tableau noir, par ces mots sobres et dépouillés des mathématiques de toujours et pourtant de leurs temps, sans comprendre le sens textuel, c’est bien un témoignage d’un grand esprit que l’assistance recevait. Sans phrases et sans discours, mais dans toute la rigueur scientifique, le témoignage éloquent exposait la vie d’un homme, jeune, qui a consacré sa courte vie à la recherche de la vérité rationnelle d’arithméticien et de militant.

Et nous savons, maintenant, ce qu’il advint.

Ce jeune homme s’appelait Maurice Audin.

Tour à tour, il s’est dit que le rapporteur de la thèse et le président du jury démontrèrent brillamment les qualités du jeune homme, qualités intellectuelles certainement et qualités concernant l’œuvre spécialisée. Intelligence très habile à la spéculation mais qui ne perdait pas de vue les applications pratiques de sa démonstration. Grande imagination parait-il… Sens aigu du travail et de la recherche patiente : des difficultés particulières l’avaient bien retenu, sans qu’il soit arrivé au résultat qu’il se promettait, mais s’il avait eu le temps… Il parait que certains dans l’assistance avaient noté des hermétismes, des imperfections, à cause de l’inachèvement des travaux.

Et comment ne pas songer à tous les autres inachèvements, à toutes ces vies brisées, à tous ces gaspillages des valeurs, d’énergies, de forces d’espoir et d’avenir ? De cette sublime matière humaine, Maurice Audin n’est qu’un exemple parmi d’autres, un symbole parmi d’autres…

Le jury s’absenta pour délibérer. La thèse était, bien entendue, pour les spécialistes présents. Puissent d’autres et les intelligences de ceux qui gouvernent ici ou ailleurs, chercheurs à leur manière de la vérité politique, se mettre partout à l’école de ce docteur en mathématiques disparu trop tôt.

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