Si tu veux construire un beau pays, fais aimer aux enfants la littérature jeunesse ! (Fin)

Le choix des livres est déterminant pour faire aimer les livres aux enfants

 

Des livres jeunesse intéressants, il y en a des tas, dans toutes les langues et dans toutes les cultures. Pourquoi nous nous souvenons du conte de grand-mère quand bien même ça fait longtemps depuis qu’on l’a entendu ? Eh bien, parce que le conteur ou la conteuse y a mis la voix idéale, la tonalité correspondante, la mesure idéale, la musicalité, la mélodie textuelle ; il a convoqué les meilleures circonstances pour que l’échange prenne.

Pareil au conte, il est des livres jeunesse qui se distinguent par la qualité de leur langue, par leur simplicité, par leur évocation d’images puissantes, par les portes aussi innombrables qu’insoupçonnées qu’ils ouvrent dans notre imagination, par leur histoire aux péripéties accrocheuses, par les émotions qu’ils font éclore dans notre cœur…

Toutefois, quelle que soit la beauté ou la pertinence d’un livre jeunesse, il est difficile, voire impossible de dresser une liste exhaustive sur le sujet. Je me contenterai de quelques suggestions de lecture pour vous ou pour vos enfants et que les enfants adorent généralement écouter et lire :

 

  1. La grande fabrique de motsd’Agnès Lestrade et Valeria Docampo : Il était une fois un pays où les mots coûtent très cher. Parler est un luxe qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Seules les familles riches pouvaient acheter beaucoup de mots pour parler à leur aise et dire plein de choses. Dire ce que l’on a sur le cœur coutait très cher. Les pauvres fouillaient les poubelles dans l’espoir de trouver des mots jetés pour les recycler, les avaler et pouvoir enfin dire ou alors attendaient la période des soldes pour acheter les mots. Mais on n’y trouve que des mots qui ne valent pas grand-chose. Et quand on est pauvre, amoureux et que l’on a envie de déclarer sa flamme à l’élue de son cœur, forcément, les mots manquent à l’appel, surtout quand on sait qu’on a un concurrent, riche et arrogant, qui peut se permettre d’acheter des paragraphes, voire des textes entiers…

C’est un livre que l’on peut lire de multiples façons. On peut y voir la valeur inestimable de la liberté, la dangerosité de la dictature, le capitalisme sournois qui monnaye jusqu’à la parole ; bref, un album jeunesse que l’on n’oublie pas, qui donne des idées pour l’enfant comme pour l’adulte.

 

  1. Le mot sans lequel rien n’existe de Claude Clément et Sylvie Montmoulineix: un oiseau blanc, une colombe, trouve sur la plage un livre que le vent feuillète. Il atterrit, lit les mots du livre. Il picore les plus beaux mots (amitié, paix, générosité, justice, tolérance, différence…) avant de s’envoler dans le ciel, par delà les pays. Il traverse tant de contrées jusqu’à ce qu’il survole un pays ravagé par la guerre ; les hommes y meurent, les femmes sont éplorées, les enfants tristes, ne jouent plus. Quelques mots suffisent, pense-t-il ; il en choisit les meilleurs pour que le chagrin finisse et le que bonheur revienne ; des mots revigorants, libérateurs, inspirateurs. Il sema le mot Paix, amitié, joie. Au-dessus d’une autre  terre, il découvrit un royaume dont le roi est un impitoyable tyran qui se permet tout, mais qui interdit tout à son peuple. Encore une fois, l’oiseau ouvre son bec et sème le mot Dignité, le mot Justice… Dans la ville barreaudée et sans cœur, il sema tolérance, différences, tendresse, écoute. C’est ainsi que de pays en pays, il sème à chaque fois des mots qui changent la vie des gens. Mais n’y avait-il pas un mot, un seul, qui guérirait tous les maux des hommes et des femmes ?  C’est ce mot qui changera le monde sans doute. Un bijou littéraire pour les adultes comme pour les enfants en ces temps où le populisme et l’intégrisme ont le vent poupe


    3. Tyranono, une préhistoire d’intimidation de Gilles Chouinard et Rogé: Comme quoi, l’intimidation existe depuis plus de 65 millions d’années; depuis les dinosaures. Tyranono en connaissait un bout. À l’école des dinosaures, parce que petit, il était le souffre-douleur de son école ; si bien qu’il n’aimait pas y aller, qu’il ne mangeait même pas son dîner, tant il était triste tout le temps et que sa faim était donc secondaire. Mais en chaque être, aussi petit soit-il, se cache la grandeur et la hauteur. Ce livre est une leçon pour déconstruire le monstre de l’intimidation dont sont victimes la plupart des enfants. 

  1. La princesse qui pète de Maud Roegiers : un album jeunesse drôle sur une fille qui rêve d’être une princesse, mais qui sait que pour y parvenir il faudrait qu’elle cesse de péter tout le temps. Parce qu’une princesse a des responsabilités ; elle représente du monde ; elle est l’image du royaume. Alors la jeune fille imagine le stratagème imparable pour déloger le monstre dans son ventre à l’origine, croit-elle sérieusement, de toute la ratatouille qui cause ses pets. Elle met en œuvre logistique entière, échafaude le plan imparable pour déloger l’intrus dans son ventre ; du chewing-gum à la douche, du feu au dentifrice, du gribouillis, des recettes abracadabrantesques… Pour tout de suite re-péter! Désespérée, elle doute qu’elle puisse devenir un jour princesse. Quelle est la solution ? Une histoire de fous rires avec une délivrance simple et belle pour dire que le plus important est ailleurs.
  1. Cache-Luned’Éric Puybaret : Timolion vient de terminer ses études pour obtenir le diplôme de cache-lune. Un métier envié et rare qui consiste à étirer chaque nuit un long drap pour cacher une partie de la lune. C’est pour ça que la lune est parfois pleine, qu’elle est juste un simple fil ou un croissant d’autres fois. C’est un travail vital, parce que les croissants de lune ainsi formés, chaque fois un peu différents, organisent le temps, les saisons et rationnent les marées océaniques. Mais, Timolion, à sa sortie avec le diplôme dans sa main, était tellement heureux d’aller sur la lune qu’il égara la pilule qui rend léger comme l’air pour aller sur la lune et remplacer Zimoléon qui prendra sa retraite dans quelques jours. Timolion a seulement une nuit pour trouver une solution. Un cerf-volant ? Un avions en papier ? Des oiseaux ? Et si tout le monde s’y mettait ! Un texte comme un éloge au vivre-ensemble, à l’entraide et à l’empathie.

 

  1. L’ogre de silensonge: À Silensonge, un petit royaume tranquille, les jours sont paisibles et heureux. Un jeune garçon entre dans une garderie. Mais voila que l’enfant à la curiosité vive et à l’intarissable faconde ne prononce plus un traitre mot. Que lui arrive-t-il ? Le monsieur de la garderie est connu pour sa gentillesse pourtant. Papa et maman font des mains et des pieds pour qu’ils retrouvent le garçon heureux, vivant et guilleret d’antan. Mais rien n’y fait. Le psychologue dit qu’il n’a rien. Le docteur ne trouve rien non plus. Mais ce que les gens ne savent pas est que le directeur de la garderie est un ogre dissimulé sous les apparences d’un homme ; chaque jour, il mange un petit morceau de cœur d’un enfant et le somme en le menaçant de ne le divulguer à personne, sinon il mangera aussi le papa, la maman et toute la famille. Alors les enfants se taisent, ne disent rien ; ils ont peur. Mais c’est quoi la solution enfin ? Et comment un ogre peut-il manger un morceau de cœur sans que l’enfant meure ? Un album jeunesse qui ouvre les yeux sur la nécessité d’être au plus près de son enfant avant que quelque blessure ne dévore une partie de son cœur.
  2. Un bleu si bleude Jean François Dumont : une nuit, un petit garçon fait un merveilleux rêve. Il rêve d’un bleu d’une beauté incroyable. Une aventure le mènera aux quatre coins du monde pour découvrir quel est ce bleu mystérieux que l’on dit d’une beauté inégalable. Il arpente les villes et les déserts, les océans et les mers pour s’apercevoir que le bleu unique existe en effet… mais chez lui, dans les yeux de maman. Ce que l’on cherche loin, pour lequel on dépense temps et argent, s’avère souvent être chez soi ou à côté.  
  3. Les bouteilles à la mer d’Hubert Ben Kemoun : Théo est un garçon de sept ans qui vit au bord de l’océan. Il n’a aucun ami. Un jour, il décide de jeter des bouteilles à la mer à l’intérieur desquelles il roule des petits messages et qu’il ferme ensuite d’un bouchon de liège. Depuis, il passe ses jours à attendre, l’espoir que son message revienne et qu’il se fasse enfin un ami… Mais un jour, il fait la rencontre de l’amie qui a reçu en fait toutes ses bouteilles ; une amie qui habite à un pas de chez lui !

En somme, l’accès des enfants à ce genre de livres, à la littérature jeunesse en général, détermine le pays de demain. La littérature jeunesse est l’humus le plus fertile pour semer le pays tolérant et convivial de demain.

Il n’y a rien de meilleur que la littérature jeunesse pour travailler la langue chez l’enfant, pour nourrir et élargir son espace imaginaire, pour qu’il ait les outils afin de déchiffrer les mystères du monde de manière autonome, pour irriguer les valeurs du vivre ensemble.

Ce sont les livres jeunesse qui fabriquent les grands médecins, les grands cuisiniers, les grands artisans, les grands commerçants, bref, des citoyens qui croient au droit et au devoir, qui conçoivent des pays comme des sucreries que l’on partage ensemble, qui pensent que la différence est l’essence de la civilisation.

C’est simple en fait ; fais aimer aux enfants d’un peuple la littérature jeunesse et tu le verras construire un grand et beau pays !

Car ce sont aussi les livres de littérature jeunesse qui fabriquent des hommes qui changent et propulsent l’histoire. C’est Einstein lui-même qui disait ceci : « Si vous voulez que vos enfants soient intelligents lisez-leur des contes de fées. Si vous voulez qu’ils soient plus intelligents, lisez-leur plus de contes de fées. »

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