« Les Turcs régnaient par la force en Algérie » (Abla Gheziel, historienne)

Suite à la polémique sans cesse recommencée sur la nature de la présence ottomane en Algérie, Abla Gheziel, historienne, auteure notamment de L’éveil politique de la société algérienne (1830-1936) et Le pouvoir central d’Alger et le Beylik de Constantine (1730-1830), considère que le rapport qui liait les population algériennes à la Sublime Porte était colonial et jalonné de violences, d’injustices et de révoltes. « Considérer la présence turque en Algérie comme une colonisation, remettrait en question la politique d’aujourd’hui des deux pays ; le politiquement correct l’emporte sur l’Histoire », explique-t-elle.

La présence ottomane en Algérie est une question qui divise et les chercheurs universitaires et l’opinion publique, ce qui n’est pas le cas pour d’autres implantations de différentes civilisations. Pourquoi la présence ottomane en Algérie suscite autant de polémique ?

À mon avis, s’il y a autant de polémique, je dirais que c’est l’incompréhension de cette époque. En effet, traditionnellement, l’imaginaire populaire reste fixé sur le fait religieux… c’est-à-dire: les Turcs, lorsqu’ils sont arrivés en 16ème siècle, c’est en sauveurs qu’ils furent accueillis par la ville d’Alger, même si très vite cet accueil s’est transformé en une hostilité envers Arrudj et ses hommes. Et là aussi, il faut garder à l’esprit qu’il n’est pas question des Turcs à proprement dit, mais plutôt de représentants du pouvoir ottoman. Autrement dit, ces hommes/ces soldats janissaires  en général que l’on envoyait étaient des mercenaires  louant leurs services aux plus offrants ; c’est ce que nous pourrions dire des frères Barberousse. Aussi, il faut le rappeler, ces soldats envoyés, pour la majorité d’entre eux, étaient enlevés à leurs familles dès leur plus jeune âge lors de razzias, puis ramenés au sérail où ils étaient élevés dans la tradition musulmane et ils étaient formés à l’art de la guerre. Dans le cas l’Algérie, les Ottomans, à travers les frères Barberousse, restent les champions de l’islam, les sauveurs : une revanche contre les croisades où le décor quitte la scène du Moyen Orient pour être planté au Maghreb. Par rapport aux autres civilisations, le problème ne se pose pas, notamment les  Phéniciens,  Romains, Vandales… Tous sont considérés comme des envahisseurs ; mais la venue des Arabes au 8ème siècle et les Ottomans n’a jamais été mise en cause car, dans les deux cas, ils sont considérés comme des bienfaiteurs et non pas comme des colonisateurs. Alors que dans les faits, l’Odjak d’Alger a toujours été considéré comme une arrière-base militaire pouvant prêter main forte à la flotte ottomane en cas de besoin, ce qui explique pourquoi le pouvoir est resté militaire sans aucune possibilité de fonder une dynastie. Je pense que si une dynastie aurait pu être fondée, l’histoire coloniale de l’Algérie aurait été écrite autrement.

L’historienne Fatma–Zohra Guechi, contrairement à plusieurs historiens dont Fouad Soufi, considère que la présence ottomane en Algérie ne peut pas être considérée comme une colonisation. Qu’en pensez-vous ?

Avec tout le respect que je dois à Mme Guechi, la présence des Ottomans ne s’est pas faite dans la sérénité ni dans la paix, tout comme la politique intérieure n’a pas été une réussite complète ;   et ce, même si  des auteurs, toute époques confondues, tels que cheikh az-Zahar, Hamdan Khodja, Tawfiq al Madani, Yahya Bouaziz, tous sans exception font de la présence des Turcs en Algérie une ère  prospère, et que  les problèmes liés aux troubles et aux révoltes étaient le fruit de complots et intrigues ourdis par les ennemis de l’islam et de la Régence.

Lire aussi: L’historienne Guechi lance le débat sur la présence ottomane en Algérie

Mais les faits en eux-mêmes nous font entrevoir une autre histoire. En effet, quand on se penche sur Le Miroir de H. Khodja, celui-ci essaye de nous dresser un portrait idyllique tout en omettant de donner son avis sur les révoltes qui ont secoué la Régence et se contente d’affirmer que les Algériens étaient naturellement pacifiques : « Les Algériens sont naturellement pacifiques et soumis à l’autorité, quand bien  même celle-ci abuserait-elle de ses pouvoirs[Hamdan Khodja Le Miroir)] ». Une réflexion qui laisse sous-entendre d’une manière implicite, qu’il reconnaît les exactions des Turcs envers les populations locales qui subissaient le joug résignées.  De même, les confréries amies et alliées d’hier n’ont pas hésité à se liguer et à clamer le djihad contre les Turcs.  Il faut ajouter à cela les tribus arabes de la plaine et du Sud de la Régence, qui se sont dressées plus d’une fois contre l’autorité des deys et des beys et, à chaque fois, les représailles du gouvernement étaient effroyables et sanglantes comme l’affirment ce témoignage : « 24 décembre 1783 On eut la nouvelle que dans le pays des Biskeris il s’était excité une querelle ou les tourcs (Turcs) furent tués et 4 blessés… en conséquence le Bey de Constantine se transporta avec son camp à la campagne de Torrega et toza(sic) dans le bilad el Gerid pour arrêter les insultes faites à la nation ottomane et punir les coupables (document archives)» Aussi, les Kabyles n’ont pas été en reste. Ils ont été des adversaires de taille et n’ont jamais accepté de se soumettre totalement.  De tout temps, ils se sont opposés à l’arrivée de l’envahisseur (Phéniciens, Romains, Vandales, Arabes,…) et sont  restés fidèles à leur liberté. La tribu des Flissa est celle qui illustre le mieux cet exemple mais leur prise de position envers les Turcs n’a pas fait l’unanimité ; az-Zahhār  ira jusqu’à les qualifier d’un peuple barbare, des ignorants, des brigands ne connaissant de l’islam que la profession de foi… Autre exemple les banī ʽAbbās et les Bibans étaient arrivés à imposer un droit de passage aux Turcs lorsque ces derniers passaient sur leurs terres. Comme vous pouvez le voir, ces révoltes arborent à la fois un caractère social et  politique : des Kabyles qui se veulent libres  et sans engagement envers quiconque ou un pouvoir, obéissants à leurs coutumes ancestrales. Le XVIIIème  siècle a été le siècle des insurrections sociales où les tribus se révoltent tour à tour et se soulèvent contre une injustice sociale et raciale.

Dès le début du  XIXème siècle,  les révoltes prennent un autre tournant : les revendications sont plus explicites ; l’idée d’indépendance commence à prendre forme : C’est au nom de ces fondements qu’entre 1804 et 1807, Ben Šarīf  et Ben al-ʼAḥraš  soulèvent les populations. Tous deux étaient issus de la confrérie des Darqāwa. Le premier réussit à rallier à sa cause toutes les tribus de l’ouest et qu’il est temps de reprendre possession de leur terre et de chasser les Turcs envahisseurs. Au vu de ces évènements, il semble difficile  de croire que les populations de la Régence se soient résignées face aux  Turcs et à leurs agissements docilement.

Comme je l’ai dit, considérer la présence turque en Algérie comme une colonisation, remettrait en question la politique d’aujourd’hui des deux pays ; le politiquement correct l’emporte sur l’Histoire.

En Algérie, on a souvent tendance à comparer la présence ottomane à la colonisation française. Qu’est-(ce qui est unit ces deux « envahisseurs » et qu’est-ce qui les sépare ?

Il ne faut pas se laisser aller à l’exagération ou à la comparaison ; il est vrai qu’il y a des points similaires.Une similitude qui s’explique tout  simplement  du fait que les Français ont appliqué la politique ottomane pour régner et diviser, du moins les premiers temps. Et les archives sont là pour le prouver ; dans la correspondance des Arabes avec l’administration coloniale, on y trouve des correspondances de chefs de tribus avec l’administration des bureaux arabes où ils conseillaient aux Français d’appliquer la «  politique du bâton  des Turcs pour mater les tribus récalcitrantes ».

Les Turcs régnaient par la force, les deys s’appuyaient sur les janissaires, et les beys, à leur tour, comptaient sur les appuis au sein des grandes tribus, notamment le beylik de Constantine qui reste le plus représentatif de ces pratiques.

Peut-on, dans l’absolu, parler des points positifs de la présence ou colonisation ottomane en Algérie ?

Les points positifs, avis qui n’engage que moi, restent limités et concentrés sur tout ce qui a un lien direct avec les awqafs, des biens de bienfaisance  etde l’éducation. Certes, on aime à rappeler que lorsque les Français ont débarqué, le taux d’analphabétisation restait très inférieur comparé à celui existant en France. Bien entendu, nous ne sommes pas dans la même conception ni la même tradition : les écoles coraniques ont été le point fort comme partout dans le monde arabo-musulman. La société héritée des Ottomans est celle ci: « Diviser pour mieux régner » une société hiérarchisée, des clivages entre les populations, taxes et impôts dont il fallait s’acquitter. Voilà la société de la Régence à la veille de la colonisation française.

D’un point de vue économique, les denrées, blés, cuirs cires, huiles…restaient concentrés entre les mains des deys/ beys, des Mauresques et des négociateurs étrangers, en particulier les familles juives: les familles Buschnaq et Bakri et ce à partir de 1805 grâce au dey Mustapha. Une industrie rudimentaire qui va privilégier la construction des navires, corderies, voiles et bien sûr les fonderies pour la fabrication des canons. Les premiers produits de nécessité comme le café le sucre, les épices et les tissus… étaient importés de France, de Grande Bretagne, d’Espagne et des  Indes.

Les historiens algériens s’intéressent énormément à la période coloniale française dans leurs travaux mais peu interrogent le passé ottoman de l’Algérie. Pourquoi ?

Je ne saurai quoi vous répondre concernant les autres chercheurs. Je pourrais avancer des raisons comme le manque de moyens, l’accès aux archives, la barrière de la langue…

Mais, je pense que le facteur le plus important reste politique. L’histoire coloniale française reste le centre de l’identité algérienne, le faire-valoir d’un ralliement national, un moyen de rassembler ses forces contre un ennemi commun.

Depuis quelques années, le président turc TayipReccipErdogan est dans une logique d’expansion, notamment dans le monde musulman où il essaie de se créer des alliances sur une base confessionnelle. Ne pensez-vous pas que « les sympathies » qui se déclenchent ici et là envers la Turquie  d’aujourd’hui et son passé impérial obéissent à une logique plus politique qu’historique ?

Au vu de l’actualité et de la scène politique, il est indéniable que le présidant turc, à travers ses différentes actions, tente de s’imposer comme figure de proue de l’islam voulant ainsi être à l’opposé de l’archétype de Kemal Attaturk où ce dernier avait réussi à faire cette séparation du religieux et du politique. Est-ce pour autant qu’il faille dire que Erdogan souhaite, et ce ne sont là que des spéculations, refonder le califat d’antan ? Difficile à dire mais une chose est sûre : Erdogan est très subtil et fin stratège. Depuis les années cinquante, rares sont les leaders arabes qui se sont opposés à l’Occident, à l’image de Nacer avec la nationalisation du canal de Suez, la guerre des 6 jours reste encore très vivace dans les mémoires populaires. Le nationalisme et le  panarabisme incarnés entre autres par Nacer ont mué aujourd’hui en une  idéologie basée sur les liens de la religion et Erdogan ambitionne d’endosser la figure d’un Salah dine al Ayoubi des temps modernes. Va-t-il réussir ? Seul l’avenir nous le dira.

15 commentaires sur “« Les Turcs régnaient par la force en Algérie » (Abla Gheziel, historienne)

  1. Merci pour cet éclairage qui remet la colonisation Turc (Ottoman) à sa vraie place de colonisateur par la force, comme l a été plus tard la colonisation française. Il est bon de rappeler qu’ au début la colonisation française a été bien vue par les Algériens, qui voyaient les français de 1830 un peu comme des libérateurs, même si cet état d esprit à vite changé

    1. pauvre histoire, meme l’arrivée des turcs en Algerie la considère qlq uns comme colonisation!!!!!!!…; l’arrivée des frères barberousse n’était pas derrière des canons;;;les français étaient arrivés derrière leurs canons et ont commis des atrocités enormes dans ce bled; aucun pardon à ces sanguinaires de généraux d’antan qui ont massacrés notre peuple; ils ont éssayé d’anéantir notre identité; mais hélas le mal ne durera pas longtemps; des dizaines d’années meme des centaines; mais le soleil se levera tôt ou tard ;hamdooooooooulleh; ce bled est pourri d’hommmmmmmmmes depuis X temps et il en restera jusqu’à l’eternité;;; hamdooooooulleh des braves chouhadas ont acheté notre liberté par la force de leurs saites ames ;;; qu’ils reposent en paix nos maitres martyrs Allah yarhamhom…… on peut pas cacher le soleil par un tamis….. ALLAH LA TRABAH FRANçA

  2. À aucun moment l’arrivée des français à Alger a été vue par les algériens comme des, libérateurs. J’en veux pour preuve les massacres opérés sur la population femmes enfants viellards pour les délester de leurs bijoux, coupant les oreilles et doigts des femmes… Etc ce sont les écrits des militaires français qui attestent de ces faits dans des lettres, livres et missives consultables gratuitement sur le site de la bnf

  3. Les souvenirs concernant les turcs ,me viennent par ma défunte mère,souvenirs soulignant le côté tyrannique et dur des turcs envers led autochtones.Les pendaisons aux arbres avec des crochets,coupe des mains,des têtes,les flagellations,etc…Pour un oui ou un nom,…Donc ils n’étaient pas si gentils et tolérants pour les autochtones.

    1. Désolé, mais votre mère n’a pas vécu à l’époque des ottomans. Vous confondez sciemment ou pas, cela ne dépend que de votre conscience. Votre mère, si elle vous a dit quelque chose, ça concernait les Français.

  4. Les ottomans en Algérie étaient indifférents à l’égard des populations pourvue qu’elle payent l’impôt, laissent passer les troupes et ne se mêlent pas des affaires de l’état. Une justice expéditive aux sentences redoutables visaient certes à punir les coupables mais surtout à inspirer la terreur et le respect de l’état.

  5. Bonsoir je trouve insensé de comparé la présence ottomane en Algérie avec la colonisation française. Je me demande comment une tel chercheuse prétend juger cette période de gloire de l’Algerie sur la scène internationale alors qu’il faut avant tout faire la recherche tout en connaissant la langue ottomane et sa paléographie pour déchiffrer les 14 km d’archives sur cette période où presque tout les archives des institutions de l’état algerie existent dans nos archives nationales. Hélas nous continuons de lire l’histoire ottomane du prisme coloniale français. A noté qu’il existait pas de nacionalisme arabe ou maghrébin à l’époque ottomane les concepts de pouvoir et état et la terminologie politique est complètement différente de celle de la civilisation occidentale. Une question qui revient toujours dans les débats les turcs sont venus et ont pris les biens e t les impôts des algériens sachez que l’état moderne et centralisé qui mis en place ce système pour le fonctionnement des institutions et la société d’ailleurs en Europe de l’époque moderne les impôts ont été appliqué par tout sans parlé des motifs de la révolution française sachez que la régence d’alger qui avait le statut de régence privilégie eyaleti mumteze ne payé aucun impôt à Istanbul. Sachez que sous le pouvoir turc que Algerie a connue ces actuelle frontières celle du Nord et au sud jusqu’à la région de Touat et la division du territoire algérien en 3 départements
    En terme de comparaison j’invite à méditer sur la présence ottomane au Maghreb sauf le Maroc et la colonisation espagnole et portugaise durant la même période les turcs d’Alger non jamais oubliée ni les notables ni les tribus de parler ottoman ou se convertir au rite hanafite alors que tous les tribus et peuples de l’amérique latine étaient obligés de parler espagnol et le portugais sans parlé du commerce triangulaire des noirs africains sans parlé de la tolérance et la coexistence des religions qui régnait à Alger Tunis Istanbul dont on trouve le chrétien le juif et le berbère et andalous lorsque l’Europe appliqué le nettoyage ethnique contre les juifs et les morisques et même leur frères les protestants qui en trouvé refuge sur les terres de la sublime porte. Certes il y’a eu des révoltes au 18 et 19 siècles comme a la bien connue d’autres pays en Europe au ailleurs contre le système politique monarchique etc..pour Algérie il faut poser la question sur la perception de l’état pour les tribus de l’intérieur du pays qui peut expliquer sur un certain angle le motif de ces rebellions et comme tout historien averti en ne peut juger une période de 3 siècles sur la dernière décennie bref il ya réellement une colonisation et un génocide français en Algérie d’ailleurs a ce jour l’identité algérienne souffre de la periode coloniale. Pour terminer je dirais qu’il faut toujours poser cette question je lis d’ou ma mémoire historique ?

    1. Bonjour Benhafri Au début du 19° siècle, les puissances européennes s’unirent pour mettre un terme à l’esclavage des blancs en Afrique du nord. Dès le congrès de Vienne en 1815 , les bases sont posées pour l’abolition de l’esclavage des blancs , aussi bien que des noirs en Afrique selon les mots de l’Amiral Sidney Smith de la Royal Navy. En 1830, la conquête d’Alger par la France mit un terme définitif à la traite des esclaves en Afrique du Nord et au règne des barbaresques.

      1. Bonjour
        Permettez moi d’éclaircir un point important en Afrique du Nord il n’a pas d’esclavage blanc sont tous des captifs pour ce qui concerne les européens depuis M.de Cervantes jusqu’à 1818 nous avons tous les registres de ces captifs européens par leurs nationalités et leurs grades et la date de leurs achat par les pères redempteurs donc toujours en faisant référence aux registres turques sont les prisonniers du beylik c’est à dire de l’état qui encaisse bien sûr des sommes pour leurs libération et c’est un comportement qui était utilisé par tous les pays de la Méditerranée à l’époque moderne por les musulmans et maghrébins a Malte Espagne France etc.. en Algérie le captifs était libre de se rendre a l’église et la taverne une fois qu’il termine le corvée en qualité de prisonnier à Alger on ne pratique d’esclavage limité uniquement qu’avec les africains subsahariens avec la terminologie correspondante donc il n’a pas d’esclave blanc ou européen comme on le cite dans les ouvrages des pères redempteurs qui nous offrent un tableau noir sur la situation des européens captifs en Algérie ou au Maghreb c’était une sorte de la leanda negra légende noire pour toucher les sentiments des croyants catholique en Europe et pouvoir ramasser de l’argent pour l’église et cette opération de libération des captifs européens
        Vous trouviez le père Dan comme le meilleur propagandiste de cette légende noir pour justifier le deplassement et les recettes prise pour cette opération alors que le captif était considéré comme capitale ou une monnaie d’échange à l’époque donc sa n’a rien à voir avec la traite des noirs par les européens de l’époque moderne

    2. J’aimerai vous répondre sur quelques points de mon interview accordée à Algériescultures et de vos commentaires dont vous sortez les idées de leur contexte et que vous interprétez à votre guise
      1° je ne compare pas la colonisation ottomane à la colonisation française ce sont deux contextes différents de par leur histoire et aperçu politique… la présence ottomane était exercé et régenté par un pouvoir militaire basée sur une relation de dominant à dominé.
      2° Aussi, vous avez émis des doutes sur mon travail de recherches et de ma qualité de chercheuse cela reste votre opinion. Mais je tiens à souligner : tout mon travail concernant la période 1730 – 1830.. (et non pas une décennie comme vous avez tendance à le croire) a été traité à 75% des archives consultées pendant près de ans aux Archives nationales d’Alger(خط الهمايون ), documents ramenés de Turquie pat T. al Madani traduis en arabe par ses soins avec quelques collaborateurs turcs. Matériau auquel vient s’ajouter différentes recherches et travaux d’historiens et chercheurs algériens : Bouhouche Amar, Khodja-Hamdan, Saidouni Nacereddine, Salah al Antri, …. Lemnouar Merouche pour les questions économiques. Comme vous pouvez le constater ma réflexion n’émane pas uniquement du prisme et de la vison colonialistes
      3°Aussi, il faut bien comprendre même si la régence jouissait d’un statut privilégié, c’était peut être le cas au début de sa fondation, mais vers la fin du VXIIIe, la situation était autre; . Est-ce que les Ottomans auraient pu tenter quelques manœuvres contre les Français ? Ce n’est pas sûr si on tient compte de l’une des correspondances retrouvée aux ANA dans laquelle un haut diplomate Ghaleb Muhammad Effendi de l’empire ottoman recommande au sultan de ne pas se mêler des affaires de la Régence et ce dès 1802 ?!! .. je ne sais pas comme vous allez interpréter cela .. mais pour ma part la Régence perdait de son intérêt, du moins, pour l’Empire ottoman, même si Alger était tout à fait autonome . ( je vous renvoie à l’un de mes articles sur la politique des deys dont voici le lien https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02062607
      4°Quant aux révoltes et rebellions et impôts .. si vous pensez que c’était tout à fait normal.. que cela était une pratique courante en Europe pour s’élever contre l’Etat. Comment expliquer les expéditions punitives contre les tribus récalcitrantes qui ne voulaient pas payer les taxes et les Impôts ? Comment expliquez-vous l’attitude de l’Emir Abdelkader envers le pouvoir ottoman ? bien entendu n’oublions les nombreux conflits qui opposaient la Régence d’Alger et ses voisins frontalier en particulier la régence de Tunis.
      Et dire que la Régence d’Alger ne payait pas un impôt est faux.. Quant Kheirddine mit la Régence sous la protection de Selim 1ER ce fut l’une des conditions.. Alger devait s’affranchir d’un tribut chaque année.
      5°Quand vous dites qu’il faut se poser la question « perception de l’état pour les tribus de l’intérieur du pays ». Il n’est pas seulement question des tribus de l’intérieur : il faut élargir plus et interroger les faits par eux mêmes : les Kabyles, les tribus nomades des hauts plateaux et les grandes principautés guerrières maraboutiques du Sud ont toujours refusé cette suzeraineté ottomane. Pourquoi ne pas y voir une prise de conscience des populations autochtones que les Ottomans n’avaient plus leur place et que le pouvoir ne leur appartenait plus et qu’ils n’en étaient pas légitimes ni garants ? Car je vous rappelle ; la venue des frères Barberousse ne sait pas faite au nom d’un peuple entier mais au nom de la cité d’Alger à travers une minorité de notables qui n’avaient pas en tête de céder Alger à Arroudj .
      Pour rappel, si la langue osmanli n’a pas été diffusée ou imposée comme vous le faites remarquer c’est tout simplement qu’elle était réservée à la chancellerie. Quant à la langue arabe elle était employée, généralement, par les érudits et les autochtones dans les zones urbaines, le reste des populations avaient leurs propres langages..
      Mais également la main mise sur les commerces des céréales, des huiles, du cuir, de la cire…. Lesquels étaient concentrés entre les mains des deys et des beys pour leur profits personnel et ce avec l’aide des grands négociants juifs de Livourne qui s’étaient installer à Alger et qui étaient leurs intermédiaires sur les marchés européens. L’affrètement des navires que cela soient pour la course ou le commerce ne pouvaient se faire sans l’aval des beys ou des deys. Certes, après que la course soit tombée en désuétude, il y a eu des tentatives de s’imposer comme une puissance maritime et commerciale mais cela fut un échec. Et pour en savoir plus Lemnouar Merouche avec son ouvrage La course mythes et réalité reste une référence en la matière.
      De même pour la question des esclaves et des captifs : pour vous , vous dressez un portrait idyllique de leur situation : Le captif qui une fois ses corvées finies allait se reposer à la taverne du coin… en attendant venir les pères rédempteurs racheter sa libération….et tout le monde, après cela, reprenait sa vie, mais vous oubliez de dire que l’état de servitude pour l’esclave noir demeurait permanent. ll faut attendre la loi de 1906 pour que cette pratique soit définitivement interdite sur tout le territoire algérien. Dans les territoires « civils », les esclaves noirs soumis au décret du 22 avril 1848 pouvaient à partir de cette date demander leur liberté s’ils le désiraient, et leurs maîtres se voyaient indemnisés ; en revanche, ceux qui étaient en territoires « mixtes », soit dans le Sud algérien, durent attendre le décret du 15 juillet 1906 pour que la traite et le trafic d’esclaves soient définitivement interdits. Tout comme cette utopie où les religions se côtoyaient dans la tolérance la plus absolue où tous étaient égaux.. les clivages des classes existaient et cela même au sein de l’empire ottoman ; d’ailleurs il faudra attendre 1830 pour que Mahmoud II déclare officiellement tous les sujets vivant sur les terres de l’empire égaux devant la justice sans distinction de religion ou de race….
      Pour terminer , je reprends votre dernier points sur l’identité algérienne où vous sous-entendez qu’elle souffre de l’identité coloniale. Que voulez- vous dire exactement. Que les Algériens auraient perdu leur identité culturelle ou tout repère identitaire ? Non, Monsieur, Les Algériens ne souffrent pas d’une identité coloniale ; c’est trop facile de tout ramener à la colonisation. Pensez vous que la guerre de libération algérienne s’est faite dans une ignorance totale de l’identité, que les combats ont été conduits sans aucune idéologie collective? Ne faites vous pas un amalgame entre l’histoire coloniale , l’après indépendance et les crises que traversent le pays en brandissant les thèses complotistes? Les principes et les valeurs que le HIRAK , depuis 2019, a mis au devant de la scène politique sont là pour vous contredire ! Les Algériens ont su montrer leur détermination et leur courage, ils se sont fait entendre, et ils écriront un nouveau chapitre de leur propre histoire sans aucune ambiguïté identitaire.

  6. Bonjour
    Rectification leyenda nagera comme ce que les anglais on fait et écrit contre la colonisation en Amérique latine à l’époque de Phillippe II donc toujours cette même question d’où en lise cette mémoire historique pour constituer un savoir et par la suite notre jugement sur une époque j’ai essai d’être le plus objectif possible on analysons les registres officiels d’administration officielle ottomane en Algérie tout en les comparant avec les archives espagnols ou occidentales sachant que la terminologie et la vision de chaque civilisation est différente

  7. L’historienne Fatma–Zohra Guechi, contrairement à plusieurs historiens dont Fouad Soufi, considère que la présence ottomane en Algérie ne peut pas être considérée comme une colonisation. est-il écrit dans une des questions posée à Mme Ghezaiel. Merci de bien vouloir comprendre que contrairement à ce qui est ainsi affirmé, je partage l’avis de Mme Guechi. Je n’assimile pas du tout la période ottomane à une colonisation et pour cause. Soit les mots ont un sens, soit on écrit n’importe quoi. Les recherches actuelles et même parfois anciennes montrent que la venue des Frères Barberousse, dans la région, ne s’est pas faite au nom de la Sublime Porte bien au contraire. Mais c’est sortir de l’objet de mon intervention.

  8. Et les francais? En offrant des fleurs?Il n’y a pas eu de colonisation turque : 1- Les turcs sont venus à la demande des algériens menacés par les espagnoles. Si les turcs n’étaient pas venus, les algériens auraient subi le sort des Guanches ces berbères des canaries exterminés par l’occupation espagnole. 2- Contrairement aux français, les turcs ne se sont pas appropriés le sol il était resté propriété des autochtones de même que l’activité agricole ou industrielle. Les turcs percevaient l’impôt et faisaient la course. Quand la marine a faibli, le regime est tombé, les janissaires sont parti, les autochtones sont restés.

  9. Monsieur Benhafri
    J’aimerai vous répondre sur quelques points de mon interview accordée à Algériescultures et de vos commentaires à travers lesquels vous sortez mes propos de leur contexte et que vous interprétez à votre guise
    1° je ne compare pas la colonisation ottomane à la colonisation française ce sont deux contextes différents de par leur histoire et aperçu politique… la présence ottomane était exercé et régenté par un pouvoir militaire basée sur une relation de dominant à dominé.
    2° Aussi, vous avez émis des doutes sur mon travail de recherches et de ma qualité de chercheuse cela reste votre opinion. Mais je tiens à souligner : tout mon travail concernant la période 1730 – 1830.. (et non pas une décennie comme vous avez tendance à le croire) a été traité à 75% des archives consultées pendant près de ans aux Archives nationales d’Alger(خط الهمايون ), documents ramenés de Turquie pat T. al Madani traduis en arabe par ses soins avec quelques collaborateurs turcs. Matériau auquel vient s’ajouter différentes recherches et travaux d’historiens et chercheurs algériens : Bouhouche Amar, Khodja-Hamdan, Saidouni Nacereddine, Salah al Antri, …. Lemnouar Merouche pour les questions économiques. Comme vous pouvez le constater ma réflexion n’émane pas uniquement du prisme et de la vison colonialistes
    3°Aussi, il faut bien comprendre même si la régence jouissait d’un statut privilégié, c’était peut être le cas au début de sa fondation, mais vers la fin du VXIIIe, la situation était autre; . Est-ce que les Ottomans auraient pu tenter quelques manœuvres contre les Français ? Ce n’est pas sûr si on tient compte de l’une des correspondances retrouvée aux ANA dans laquelle un haut diplomate Ghaleb Muhammad Effendi de l’empire ottoman recommande au sultan de ne pas se mêler des affaires de la Régence et ce dès 1802 ?!! .. je ne sais pas comme vous allez interpréter cela .. mais pour ma part la Régence perdait de son intérêt, du moins, pour l’Empire ottoman, même si Alger était tout à fait autonome . ( je vous renvoie à l’un de mes articles sur la politique des deys dont voici le lien https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02062607
    4°Quant aux révoltes et rebellions et impôts .. si vous pensez que c’était tout à fait normal.. que cela était une pratique courante en Europe pour s’élever contre l’Etat. Comment expliquer les expéditions punitives contre les tribus récalcitrantes qui ne voulaient pas payer les taxes et les Impôts ? Comment expliquez-vous l’attitude de l’Emir Abdelkader envers le pouvoir ottoman ? bien entendu n’oublions les nombreux conflits qui opposaient la Régence d’Alger et ses voisins frontalier en particulier la régence de Tunis.
    Et dire que la Régence d’Alger ne payait pas un impôt est faux.. Quant Kheirddine mit la Régence sous la protection de Selim 1ER ce fut l’une des conditions.. Alger devait s’affranchir d’un tribut chaque année.
    5°Quand vous dites qu’il faut se poser la question « perception de l’état pour les tribus de l’intérieur du pays ». Il n’est pas seulement question des tribus de l’intérieur : il faut élargir plus et interroger les faits par eux mêmes : les Kabyles, les tribus nomades des hauts plateaux et les grandes principautés guerrières maraboutiques du Sud ont toujours refusé cette suzeraineté ottomane. Pourquoi ne pas y voir une prise de conscience des populations autochtones que les Ottomans n’avaient plus leur place et que le pouvoir ne leur appartenait plus et qu’ils n’en étaient pas légitimes ni garants ? Car je vous rappelle ; la venue des frères Barberousse ne sait pas faite au nom d’un peuple entier mais au nom de la cité d’Alger à travers une minorité de notables qui n’avaient pas en tête de céder Alger à Arroudj .
    Pour rappel, si la langue osmanli n’a pas été diffusée ou imposée comme vous le faites remarquer c’est tout simplement qu’elle était réservée à la chancellerie. Quant à la langue arabe elle était employée, généralement, par les érudits et les autochtones dans les zones urbaines, le reste des populations avaient leurs propres langages..
    Mais également la main mise sur les commerces des céréales, des huiles, du cuir, de la cire…. Lesquels étaient concentrés entre les mains des deys et des beys pour leur profits personnel et ce avec l’aide des grands négociants juifs de Livourne qui s’étaient installer à Alger et qui étaient leurs intermédiaires sur les marchés européens. L’affrètement des navires que cela soient pour la course ou le commerce ne pouvaient se faire sans l’aval des beys ou des deys. Certes, après que la course soit tombée en désuétude, il y a eu des tentatives de s’imposer comme une puissance maritime et commerciale mais cela fut un échec. Et pour en savoir plus Lemnouar Merouche avec son ouvrage La course mythes et réalité reste une référence en la matière.
    De même pour la question des esclaves et des captifs : pour vous , vous dressez un portrait idyllique de leur situation : Le captif qui une fois ses corvées finies allait se reposer à la taverne du coin… en attendant venir les pères rédempteurs racheter sa libération….et tout le monde, après cela, reprenait sa vie, mais vous oubliez de dire que l’état de servitude pour l’esclave noir demeurait permanent. ll faut attendre la loi de 1906 pour que cette pratique soit définitivement interdite sur tout le territoire algérien. Dans les territoires « civils », les esclaves noirs soumis au décret du 22 avril 1848 pouvaient à partir de cette date demander leur liberté s’ils le désiraient, et leurs maîtres se voyaient indemnisés ; en revanche, ceux qui étaient en territoires « mixtes », soit dans le Sud algérien, durent attendre le décret du 15 juillet 1906 pour que la traite et le trafic d’esclaves soient définitivement interdits. Tout comme cette utopie où les religions se côtoyaient dans la tolérance la plus absolue où tous étaient égaux.. les clivages des classes existaient et cela même au sein de l’empire ottoman ; d’ailleurs il faudra attendre 1830 pour que Mahmoud II déclare officiellement tous les sujets vivant sur les terres de l’empire égaux devant la justice sans distinction de religion ou de race….
    Pour terminer , je reprends votre dernier points sur l’identité algérienne où vous sous-entendez qu’elle souffre de l’identité coloniale. Que voulez- vous dire exactement. Que les Algériens auraient perdu leur identité culturelle ou tout repère identitaire ? Non, Monsieur, Les Algériens ne souffrent pas d’une identité coloniale ; c’est trop facile de tout ramener à la colonisation. Pensez vous que la guerre de libération algérienne s’est faite dans une ignorance totale de l’identité, que les combats ont été conduits sans aucune idéologie collective? Ne faites vous pas un amalgame entre l’histoire coloniale , l’après indépendance et les crises que traversent le pays en brandissant les thèses complotistes? Les principes et les valeurs que le HIRAK , depuis 2019, a mis au devant de la scène politique sont là pour vous contredire ! Les Algériens ont su montrer leur détermination et leur courage, ils se sont fait entendre, et ils écriront un nouveau chapitre de leur propre histoire sans aucune ambiguïté identitaire.

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